1999_01_15

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SdT volume 5, numero 1.

 

                                                                                             LA CITATION DU MOIS

                                                     ________________________________________________

 

                                                     " Quand on connaît le lecteur,

                                                       on ne fait plus rien pour le lecteur "

                                                                                             (Nietzsche).

                                                     ________________________________________________

 

                          

 

                                                     SOMMAIRE

 

1- Coordonnees

             - Bienvenue a : Silvia Iankova, Hugues Constantin de Chanay,

             Maryse Siksou, Pier Luigi Basso, Françoise Vernet-Leflaive.

             - Changements d'adresse : Jean-Michel Fortis, Bruno Bachimont.

 

2- Publications

             - These de Pierre Beust : "Contribution a un modele interactionniste

             du sens. Amorce d'une competence interpretative pour les machines".

             - These de Sophie Romeuf-Roesch : "Verbum. Etude sémantique".

             - Resumes des communications au colloque :

             "Analyse des discours : Textes, Types et Genres"

             (Toulouse, 3-5 decembre 1998)

 

3- Dialogue

             - Entretien sur la semiotique et la semantique, de Francois Rastier

             avec des étudiants du séminaire Sémiotique narrative et discursive

             de C. Portelance, Université du Québec à Rimouski, octobre 1998.

 

4- Chronique

             - Le mot branche d'oncle Gabriel : Lignes.

 

5- Colloque

             - "Les relations inter-semiotiques", Lyon, 16-18 decembre 1999.

 

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Pierre Beust a soutenu sa thèse (spécialité informatique)

le Mardi 22 Décembre à 13h30 à l'Université de Caen.

 

Titre de la thèse :

 

                           CONTRIBUTION A UN MODELE INTERACTIONNISTE DU SENS

                           Amorce d'une compétence interprétative pour les machines

 

Direction de thèse : Anne Nicolle & Laurent Gosselin

 

L'objectif de cette thèse est une contribution pour la modélisation en

informatique de l'interprétation des énoncés en langue naturelle. La

démarche retenue est expérimentale, elle consiste à analyser le déroulement

des interactions langagières pour construire un modèle computationel à

partir de ce qui est observé. Le modèle de la compétence interprétative

visé n'est pas un modèle du fonctionnement cognitif individuel, comme dans

une perspective cognitiviste, mais un modèle de l'activité conjointe dans

une perspective interactionniste. L'apprentissage par l'interaction homme -

machine a été choisi comme mode de conception par amorce d'un système

d'interprétation. Cet apprentissage n'est pas une phase préalable à son

utilisation, il est intrinsèque à son activité d'attribution de sens.

 

Dans les modèles logiques de la sémantique, l'analyse d'un énoncé a pour

résultat une représentation de son sens sous forme d'expression ou de

graphe. Ici, dans une problématique de conception de dialogue homme -

machine, l'interprétation a pour objectif d'extraire du matériau

linguistique les contraintes sémantiques conditionnant les enchaînements

conversationnels possibles. Ces contraintes sont obtenues par une recherche

de dépendance sémantique entre les lexèmes de l'énoncé à partir des

connaissances du système sur le contenu sémantique des lexèmes. Ces

connaissances paradigmatiques ne sont pas des dictionnaires ou des réseaux

sémantiques, mais sont des systèmes hiérarchiques de tables produites par

combinatoire des différences entre les significations, et lorsqu'un mot est

polysémique, ses significations prennent place dans plusieurs de ces

tables. Les systèmes de tables sont construits dans un processus interactif

entre la machine et un partenaire humain qui interprète les énoncés du

dialogue observé. Le processus d'interprétation consiste à rechercher des

isotopies réduisant la polysémie lexicale et assurant la cohésion et la

cohérence des énoncés. Les interprétations de la machine sont soumises à la

validation du partenaire humain. Si elles ne sont pas jugées

satisfaisantes, c'est qu'il manque des connaissances paradigmatiques. Il

convient alors de relancer la boucle interactive afin de décrire de

nouvelles significations en introduisant de nouvelles différences, puis

d'exécuter à nouveau le calcul interprétatif.

 

Par l'interaction avec un partenaire humain qui analyse des dialogues

réels, des connaissances sémantiques sont acquises sous forme de systèmes

de valeurs paradigmatiques et le système les réutilise pour proposer de

nouvelles interprétations. La compétence interprétative s'améliore ainsi au

fur et à mesure de son utilisation.

 

Pierre BEUST

laboratoire GREYC CNRS-UPRES-A 6072 - Universite de Caen - 14032 CAEN cedex

             beust@info.unicaen.fr

             http://www.info.unicaen.fr/~beust/

 

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Sophie Romeuf-Roesch

U.F.R. de Latin - Paris IV Sorbonne

 

Position de thèse.

Titre :                             Verbum. Etude sémantique.

 

Directeur de thèse : Monsieur le Professeur Claude Moussy

 

Notre travail de thèse consiste en une étude sémantique du latin

uerbum, à travers un corpus d'ouvrages qui s'étend du IIIème siècle av.

J.C. au IVème siècle ap. J.C.

 

Les ouvrages retenus ont été l'ensemble de l'œuvre de Plaute ; le De

lingua Latina de Varron ; les oeuvres rhétoriques de Cicéron, ainsi que

ses Epistulae ad familiares ; l'Institutio oratoria de Quintilien ; et

enfin le De dialectica et le De Trinitate de saint Augustin.

Il s'agit là de types de textes fort divers, - pièces de théâtre,

lettres, ouvrages grammaticaux, rhétoriques, ou traité de théologie -,

qui permettent d'aborder les sens de uerbum dans des contextes variés.

 

Les sens que nous avons pu relever pour uerbum dans le corpus étudié

sont les suivants : "mot" ; "ensemble de mots" (qu'il s'agisse de la

"phrase", de l'"expression", ou, chez Plaute, du "proverbe") ; "lettre

de la loi" ; "verbe" (dans les ouvrages s'intéressant à la grammaire) ;

enfin, chez saint Augustin, "Verbe divin", "parole sacrée", "verbe

mental", et même "chose".

 

Etudier Plaute nous a montré ce qu'était le mot (uerbum) pour un

locuteur latin moyen du IIIème siècle avant Jésus Christ  : un élément

du langage, caractérisé par un son, un sens, et par le fait qu'il est

d'une nature différente du réel auquel il renvoie. Il s'agit là d'une

appréhension empirique de la langue et des mots qui la constituent qui

fait penser à la définition qu'un locuteur actuel du français pourrait

donner de la notion de mot.

 

Chez Plaute, uerbum sert aussi à renvoyer à un ensemble de mots, ou au

type de phrase particulier qu'est le proverbe. La caractéristique

principale de l'ensemble de mots, que désigne alors uerbum, est qu'il

est conçu comme un tout .

 

Avec Cicéron et Quintilien, le point de vue porté sur la langue est bien

différent. Il s'agit d'une perspective utilitaire puisque les mots sont

envisagés comme des outils qui permettent de bâtir un discours

convaincant. En effet, ces deux auteurs se sont intéressés à la

rhétorique. Celle-ci se situe au départ dans un contexte juridique. Elle

se donne pour but à la fois de rechercher la vérité, mais aussi de

toucher l'auditeur et de lui plaire, de façon à le persuader. C'est le

langage qui permet à l'orateur d'arriver à tous ces résultats. Verbum

est alors envisagé pour ses traits sonores, son aptitude à s'intégrer

dans un discours à la fois beau et efficace. Il est, certes, l'élément

de base du langage, mais ce qui compte est qu'il peut se fondre dans un

ensemble qui le dépasse.

 

Dans les oeuvres de Cicéron et Quintilien, il arrive que uerbum, -ou,

pour être exact, le pluriel uerba -, désigne la "lettre" de la loi par

opposition à l'intention supposée du législateur (qui en constitue

l'esprit). Le problème se pose essentiellement à propos d'un texte  un linguiste et un théologien et que uerbum devient chez lui un

terme charnière. Pour le linguiste qu'est Augustin, le uerbum est en

effet un signe linguistique. Pour le théologien, c'est le Verbe, Fils de

Dieu et Parole du Père. Par son Verbe, Dieu parle aux hommes, de même

que ceux-ci parlent entre eux au moyen des mots (uerba). Le Verbe doit

s'incarner pour pouvoir communiquer avec l'humanité, de même que notre

"verbe mental" (toujours uerbum)  a besoin des mots pour être communiqué

à autrui. Le uerbum, quel qu'il soit, a donc un rôle clef à jouer :

c'est un signe, qui renvoie à autre chose que lui-même ; c'est aussi un

indispensable moyen de communication.

Enfin, le dernier sens que nous ayons relevé chez saint Augustin est

celui de "chose". Il s'explique par un calque sémantique de l'hébreu

dabar, - à la fois "mot" et "chose" -, qui est apparu dans les

traductions latines de l'Ancien Testament.

 

Des analyses sémiques, qui s'appuient sur les travaux de F. Rastier ou

de R. Martin, ont été utilisées pour caractériser ces sens de uerbum les

uns par rapport aux autres. Ce type d'analyse permet une approche très

fine des relations qui unissent les divers sens.

 

L'objet de ce travail a aussi été d'expliquer comment se fait le passage

d'un sens à un autre, et de mettre en lumière l'évolution des emplois de

uerbum, à travers l'apparition et la disparition de certains sens au fil

du temps.

 

Ont été également étudiés ici les emplois de uerbum dans des expressions

lexicalisées comme uerba dare ("tromper"), uerba facere ("parler"), ou

uerbi gratia et sa variante uerbi causa ("par exemple"), - pour ne citer

que les plus courantes.

 

Ce qui rend l'expression uerba facere particulièrement intéressante est

qu'elle est bien représentée dans les textes que nous avons étudiés.

C'est une expression à verbe support, mais elle est en même temps

susceptible de défigements sémantiques. Car, dans certains contextes,

ses constituants reprennent leur sens premier. Cicéron emploie ainsi

uerba facere au sens de "créer des mots". Facere y retrouve donc un sens

plein. On signalera aussi le cas particulier de la Vulgate, où

l'expression se rencontre sous la forme uerbum facere et peut signifier

"faire une chose" .

 

Au fil du temps, se sont développées autour du terme des associations

récurrentes avec d'autres vocables, comme uox, sententia ou res, termes

eux-mêmes polysémiques.

 

Par exemple, la paire res / uerbum est essentielle et se rencontre dans

tout notre corpus, car elle renvoie à la relation du mot avec son

référent, relation problématique qui pose la question de la création du

langage et du statut même de celui-ci. En effet, on peut se demander

quelle est la validité des mots par rapport aux choses et, dans l'œuvre

de Plaute, on voit bien le peu de poids accordé au mot ; à côté des

choses, il est sans valeur. Dans le De lingua Latina, Varron, en

s'intéressant à l'étymologie, accorde au contraire au mot (uerbum) une

place prépondérante, car celui-ci, de par sa forme même, peut nous

apprendre la vérité sur le monde . Mais res, chez Varron comme pour les

rhéteurs, peut avoir un sens beaucoup plus large et désigner de façon

générale les idées, le contenu du discours. En fait, c'est tout ce à

quoi renvoie le mot (référent ou signifié). A travers les figures de

style, le rhéteur va jouer sur le rapport des uerba et des res. Il

s'agit de dire les choses, mais il y a plusieurs moyens de le faire,

suivant la façon dont on agence les uerba. Si le contenu du discours

(res) est donc essentiel, - puisque sans lui les mots ne veulent rien

dire et ne sont qu'une coquille vide -, en même temps, un certain

décalage reste possible entre la façon simple de dire les choses et le

recours à des figures de style qui permettent plus d'élégance (au prix

peut-être d'une fidélité moindre au contenu). Enfin, signalons que

quand, dans le De dialectica, Augustin emploie res, c'est pour désigner

le référent (au sens moderne du terme) du signe linguistique.

 

Thèse soutenue le 15-12-98.

 

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FLORILÈGE SUR LES GENRES

 

Du 3 au 5 décembre se tenait à Toulouse le colloque international :

 

                           Analyse des discours : Textes, Types et Genres

 

organisé par Michel Ballabriga et le CPST (Université de Toulouse le

Mirail). Etant donné son intérêt, nous proposons à nos lecteurs les résumés

des communications.

 

                                        _______________________

 

Patrick CHARAUDEAU

(Centre d'Analyse du Discours, Université de Paris 13).

 

             "Des types de discours aux genres textuels,

             conditions pour une typologie discursive".

 

Synopsis

 

La question des genres et des types de discours est délicate, complexe et

pourtant fondatrice de la possibilité du texte.

 

Elle est délicate parce qu'elle exige que soient distingués des niveaux

d'appréhension du texte qui permettent de différencier ce qui est de

l'ordre de la situation de communication et de l'ordre du texte.

 

Elle est complexe parce que d'une part chacun de ces ordres comprend

plusieurs variables dont la combinaison institue des types, d'autre part

parce que ces différents types peuvent se combiner entre eux pour

constituer d'autres types. Par exemple, un type informatif dans une

situation de communication médiatique donne lieu à divers genres textuels

journalistiques.

 

Elle est fondatrice parce que s'il n'existe pas une possibilité de classer

les textes selon des types, cela voudrait dire qu'il n'existe aucun repère

pour les appréhender comme phénomène de production sociale.

 

Je propose donc une communication qui définira dans un premier temps ces

trois ordres du discours de la situation et du texte, puis je tenterai de

décrire les variables qui composent chacun de ces ordres, et enfin je

poserai le problème de la construction d'une typologie en montrant comment

ces variables peuvent se combiner pour déterminer ce que j'appelle des

"genres textuels".

 

                                        _______________________

 

François RASTIER

(Directeur de recherche)

 

             Typologie et interprétation des textes.

 

Division des pratiques.

 

Outre la fonction médiatrice du sémiotique, l'humanité est caractérisée par

la spécification des pratiques et la division corrélative du travail. En

outre, et du fait même qu'elle compte un niveau sémiotique, toute pratique

est socialisée. A chaque type de pratique sociale correspond un domaine

sémantique et un discours qui l'articule.

 

Activités et genres.

 

Il n'y a pas de pratique générale non spécialisée, aussi le concept de

langue générale reste une formation de la philosophie du langage. Chaque

pratique sociale se divise en activités spécifiques (ex : le jury de thèse,

la conférence, le cours, la correction de copie, etc...), qui font un

système de genres en co-évalution. Les genres sont spécifiques aux

discours : un traité de physique n'obéit pas aux même normes qu'un traité

de linguistique.

S'il y a influence des discours les uns sur les autres, chaque système

générique reste autonome et évolue selon ses propres lois.

 

L'entreprise typologique.

 

Le thème de l'hétérogénéité de tout texte, hérité de la théorie romantique

du roman, ne peut faire obstacle à l'entreprise typologique. La

classification des genres revêt une importance primordiale, dans la mesure

où le vocabulaire, la syntaxe pour une bonne part, et l'ensemble des

structures textuelles sont contraintes par les genres.

La demande sociale est croissante, aussi bien pour la linguistique de

corpus que pour l'accès aux banques textuelles (on discutera des exemples

issus des recommandations de la TEI et de la classification de Frantext).

 

Critères et degrès de caractérisation

 

Dans la définition du genre, les critères du contenu l'emportent sur les

critères d'expression, les critères de discours sur les critères de langue,

et les normes sur les règles.

La caractérisation d'un texte peut cependant suivre le parcours suivant :

discours, champ pratique, genre, propriétés particulières du texte.

 

                                        _______________________

 

Claude ZILBERBERG

 

             Prose, Poésie et Eloquence :

             dans le "Système des Beaux-Arts" d'Alain.

 

Notre propos est double :

 

I - Examiner si les critères de classification ont rapport ou non avec les

catégories discursives que la sémiotique met en avant.

 

II - Montrer que les opérations de péjoration et mélioration coextensives

au discours permettent de passer du sub-système des réalisables au système

des réalisés propre à telle classification singulière et de satisfaire deux

demandes légitimes : celle de la permanence et celle du renouvellement. Du

point de vue véridictoire  exigé par la pluralité, la contradiction

mutuelle et l'instabilité des classifications, il est possible de démêler

la composante taxinomique déclarée et la composante axiologique souvent

inavouée.

                                        _______________________

 

François-Charles GAUDARD

(Professeur, Université de Toulouse-Le Mirail)

 

             Pratiques discursives et modulations génériques en littérature.

 

 

La problématique des genres littéraires, qu'elle soit prise dans le

mouvement de l'histoire, dans celui de la production ou de la réception des

textes, s'inscrit dans le cadre de règles, de contraintes, qui assurent à

l'écriture un cadre et une garantie de lisibilité.

 

Même si tous les spécialistes soulignent aujourd'hui la confusion

qui règne autour des genres en littérature, la notion reste essentielle

dans le circuit même de la communication.

 

Il s'agit en réalité des modes de gestion adoptés par les sujets écrivants

et lisants dans des pratiques discursives spécifiques : la généricité se

réécrit en permanence sous l'effet des soubresauts ou des crises qui

traversent les actants de la communication, selon leurs contextes.

 

                                        _______________________

 

Frédéric CALAS

(Maître de conférence à Tours)

 

             Les impostures des genres : le cas du roman par lettres.

 

Les instances de genres et de types influent doublement, à la fois sur les

opérations d'encodage du texte sélectionnant les unités linguistiques et

sur les opérations de lecture des textes. Le point d'investigation choisi

est l'élaboration de cette sélection des unités linguistiques dans un genre

précis, le roman épistolaire. Cette sélection met en jeu plusieurs niveaux

qui se combinent dans la production du texte : énonciation, système des

temps, liaisons transphrastiques et progression textuelle, isotopies,

figures rhétoriques dominantes. On pourrait s'attendre à une reprise

régulière de ces invariants à l'intérieur d'un même genre. Or, de

nombreuses déviances apparaissent d'un texte à l'autre, rendant difficile

la caractérisation des genres.

 

L'examen des Lettres portugaises de Guilleragues (1669) révèle les

modalités de conditionnement qu'impose le choix du genre épistolaire au

traitement de la donnée narrative et à son décodage par le lecteur. Ce

roman par lettres témoigne de la complexité interactionnellle des unités

linguistiques sélectionnées par un genre particulier. Par exemple, on

attendait d'une correspondance qu'elle reposât ouvertement sur le

dialogisme, c'est à dire l'échange réciproque et alterné de deux

épistoliers. Or, ce roman fait le choix du monologue (ce que Rousset a

nommé le type monodique) tout en créant l'illusion d'une correspondance.

Comment l'auteur orchestre-t-il ce paradoxe et rend-il l'oeuvre lisible

pour le lecteur ? Comment l'oeuvre produite s'apparente-t-elle encore au

genre épistolaire ?

 

                                        _______________________

 

 

Françoise VOISIN-ATLANI

(Maître de conférences à l'Université de Paris)

 

             Du dialogue au texte littéraire : L'énonciation en question

 

Une confrontation entre le point de vue formel et de E. Benveniste sur le

dialogue et les travaux de J. Paulhan sur les joutes oratoires malgaches me

permettra d'interroger le statut de la présence, ou de l'absence, des

marques formelles de la subjectivité dans une littérature moderne qui, par

décision, s'abstrait de tout sujet. Cette énonciation hors de toute

subjectivité personnelle rejoint en un sens la démarche linguistique de

notre siècle mais, dans le même temps, s'en éloigne : l'objet littéraire ne

se veut pas scientifique et lorsqu'il y a "abstraction subjective" c'est

pour faire apparaître le langage dans son être même. Toute lingusitisque

doit représenter la dimension formelle du langage tandis que le Texte

littéraire de la modernité se sert de la Langue pour provoquer le silence

nécessaire de toute parole, sa part obscure. Y a-t-il entre une

linguistique de l'énonciation et une littérature "abstraite" rivalité,

fascination, rejet ? Cette démarche linguistique traite-telle de la

subjectivité en des termes proches, éloignés, concurrents du propos

littéraire ?

 

L'analyse de ces deux modes d'activité linguistique proposera l'ébauche

d'une réflexion sur le dialogue et sur ce que parler veut dire.

 

                                        _______________________

 

Patrick M'PONDO-DICKA

(CPST/UTM)

 

             Genre et discours audiovisuels

 

Cette communication se veut une contribution à la recherche sur la

problématique du genre, centrée sur les genres et les discours

audiovisuels.

 

Je discuterai, dans un premier temps, les propositions faites par François

Rastier (1987) pour définir le genre , en tenant plus particulièrement

compte de l'idée de la correspondance du genre et d'une pratique sociale.

 

Dans un second temps, je tirerai de cette discussion une définition du

genre que j'appliquerai aux discours audiovisuels (selon l'acception

courante de ce terme, qui sera ensuite redéfini).

 

Enfin, j'illustrerai mon propos en observant la dimension énonciative de

quelques objets télévisuels et/ou cinématographiques.

Je fais l'hypothèse que ce parcours ressort de l'approche socio-sémiotique

des discours, qui me semble une voie fructueuse.

 

                                        _______________________

 

Véronique FILLOL et William CARRASCO

(CPST / UTM)

 

             Quelques éléments pour une définition du genre en sémiotique.

 

Pour situer la problématique générale du genre en sémiotique, nous

proposons de visualiser celle-ci à partir d'un schéma opérationnel

intégrant des approches théoriques différentes et complémentaires de

l'approche sémiotique.  Ce schéma nous permettra de rendre compte uite, déterminer les classements que la culture

elle-même produit sur ses discours ? Tel est le but de la réflexion

présente. D'ailleurs, cette réflexion elle-même est une contribution au

re-classement des formes d'écriture.

 

On essaiera, alors de répondre aux questions suivantes :

 

* Texte vs Hypertexte : s'agit-il d'une opposition entre types  ou entre

genres  d'écriture ? Ou plutôt, comme dans le cas de la relation

oralité/écriture, s'agit-il d'une opposition entre deux technologies du

discours, avec des implications à terme, qui détermineraient le destin de

l'écriture. En tout cas, la naissance de cette technologie change

entièrement le panorama des oppositions identifiables à partir de

l'écriture que nous avons connu jusqu'ici. D'où la deuxième question :

 

* Quelle est la différence entre la textualisation et l'hypertextualisation ?

Quelles sont les différences reconnaissables entre la programmation

énonciative  du texte et celle de l'hypertexte ?

 

Tout comme le passage de l'oralité à l'écriture n'est pas pour autant un

signe de la pensée textuelle , de même la transposition du texte  en

hypertexte  n'est pas encore un signe de la pensée hypertextuelle. Alors

que l'hypertexte a été considéré jusqu'ici comme un objet qui ne touche

l'analyse du discours que d'une façon  marginale, nous avons à faire, au

quotidien, avec la mise en hypertexte de nos documents. Ce passage du texte

à l'hypertexte n'est encore qu'une simple transposition : en effet, le mode

de production discursive demeure encore textuel. Pourtant, dès que nous

produisons de véritables hypertextes, la façon de couper nos phrases en

fonction du montage des pages est un premier indice du changement

hypergénérique. Là, en effet, nous commençons à penser la mise en discours

dans cette nouvelle forme d'écriture. Il ne s'agit plus d'une simple

transposition du texte à l'hypertexte : ce sont les premières

manifestations d'une transition du mode textuel du discours au mode

hypertextuel. Comme toute révolution du langage, l'existence d'une modalité

n'exclut pas l'autre. C'est la coexistence  et les interférences entre ces

hypergenres qui nous intéressent davantage ici.

 

Avant de penser s'il s'agit vraiment d'une révolution comparable à celle

qui s'est produite entre l'oralité et l'écriture - révolution qui permettra

aux anthropologues de distinguer entre cultures orales, écrites et

électroniques - il faudra s'interroger sur l'organisation des éléments

constitutifs de cette écriture. Ce travail reste pourtant à faire. Cette

intervention essaie de jeter quelques bases pour l'analyse des éléments

topologiques, morphologiques et syntaxiques d'une écriture qui pose des

problèmes complexes de programmation énonciative. Par la suite, le but est

de s'interroger sur la naissance des genres hypertextuels et de les situer

par rapport aux genres textuels.

 

                                        _______________________

 

Mirna VELCIC-CANIVEZ

(Université de Lille III, CNRS URA 382 SILEX)

 

             Le récit de témoignage comme genre. Enjeux linguistiques.

 

Certaines formes de témoignage en première personne, liées à des situations

où il s'agit de rendre compte d'un vécu personnel particulièrement

traumatisant peuvent être considérées comme un genre particulier de

discours. Ce qui unit les récits des rescapés des camps de la mort, des

victimes de guerres ou d'une agression, les récits de témoignage des

malades frappés par le Sida, etc., c'est leur objectif :  ils prétendent

dire comment se sont déroulés les événements dont le locuteur, en tant

qu'individu, a subi des conséquences.

 

On sait, pourtant, qu'une réalité "évidente" devient problématique quand il

est question d'en parler. C'est pourquoi les récits de témoignage renvoient

à un problème classique : le rapport du discours au réel, problème qui

s'impose dès qu'il s'agit de "mettre en discours" un fait, un événement

concret, une situation authentique. Or, la particularité de ces formes,

c'est que, pour rendre une réalité vécue dans un discours cohérent et

logique, le locuteur est pris dans un mode de parler spécifique. Nous

examinerons quelques caractéristiques de ce mode de parler, en particulier

l'emploi des expressions déictiques dans la constitution des preuves et les

stratégies de contournement de l'acte de dénomination. Cela nous conduira à

mettre en évidence une double logique qui marque les récits de témoignage

et nous permet de les identifier en tant que genre : d'un côté, les

locuteurs sont orientés vers un "au-delà" du langage, avec l'idée d'un

accès direct à la réalité vécue par l'homme, sans changement ni

transformation ; d'un autre côté, les locuteurs sont poussés à s'"enfermer

dans la langue" de manière à se protéger d'un éventuel échec dans la

communication avec autrui. Témoigner d'une réalité vécue dans la douleur et

la souffrance signifie savoir s'engager dans ce double mouvement

référentiel afin de renforcer la cohérence du récit lorsqu'elle semble

menacée. Cette intervention élabore donc les critères permettant

d'identifier le récit de témoignage comme genre ; elle cherche ainsi à

ouvrir une piste méthodologique pour des analyses plus approfondies.

 

                                        _______________________

 

Enrique BALLON-AGUIRRE

(Profeseur, Arizona  State University).

 

             Autour des typologies lexicales (texte, cotexte et contexte

             dans les classifications onomasiologiques des taxinomies

             ancestrales).

 

Dans cette communication, il s'agit de présenter certains résultats que

nous avons obtenus jusqu'à maintenant d'une recherche en cours. Cette

recherche porte sur plus de 500 dénominations des varietés de 'papa'

('pomme de terre') cultivées par des paysans andins, que nous avons

recueillies pendant trois ans dans vingt-six communautés du bord du lac

Titicaca. Il s'agit d'une région où les langues quechua, aimara et espagnol

se trouvent en contact et, parfois, en conflit, ce qui donne lieu à des

situations d'interférence phonétique, phonologique, morphosyntaxique et,

certainement, sémantique.

 

Ce corpus lexicographique privilégié permet de cerner, d'une façon

relativement ponctuelle, les écueils des attributs minimaux et des facettes

dans la description des traits minimaux du sémème type (l'archisememe de B.

Pottier), des sémèmes (dans le glossaire de F. Rastier, des sémies), aussi

bien des classèmes que des sémantèmes, c'est-à-dire, la problématique

générale des valences cotextuelles et contextuelles (le contenu eidétique)

dans la production de ces soi-disant formes simples , les ethnotaxinomies.

 

                                        _______________________

 

Jacques BRES

(Professeur à l'Université de Montpellier III)

 

             Textualité narrative orale, genres du discours et temps verbal

 

La notion de genre du discours reste sous-utilisée dans le domaine de

l'oral (Bakhtine 1952/1984). Je m'intéresserai dans un premier temps à la

façon dont les formes verbo-temporelles du présent et du passé composé, à

un moindre degré de l'imparfait, permettent de distinguer, dans un même

type de textualité - la textualité narrative - divers genres du discours.

Ces corrélations entre genres discursifs et formes verbo-temporelles

décrites, j'en proposerai ensuite une explication.

 

1. Genres discursifs narratifs et emploi des temps

1.1. Propositions narratives.

Les propositions narratives dans le récit oral s'actualisent

majoritairement au passé composé et/ou au présent. Trois possib