1999_10_19
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SdT volume 5, numero 5.
LA CITATION DU MOIS
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Le langage n'est pas un fait scientifique,
mais artistique.
G. K. Chesterton, G.F. Watts,
1904, p. 91.
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SOMMAIRE
1- Coordonnees
- Bienvenue a Dominique Laurent, Sylvie Gagnon, Jean-Pierre Caprile et
Mathieu Brugidou.
- Changements d'adresse pour Karine Gurtner, Thierry Mezaille, Ludovic
Tanguy, et Benedicte Pincemin (ATTENTION donc pour vos demandes
concernant liste SdT).
2- Carnet
- Calendrier et programme des seminaires de l'equipe SdT.
- Courrier des lecteurs : remarques de J. Brenner sur quelques articles
dans Texto! (Badir, Berner/Thouard, Manjali).
3- Publications
- Jean-Pierre Malrieu :
Evaluative Semantics. Language, Cognition, and Ideology.
- Didier Bourigault et Monique Slodzian :
Pour une terminologie textuelle
- Première partie des notes de Mathieu Brugidou sur le colloque
"Semiotique des cultures et sciences cognitives" (Geneve-Archamps,
20-23 juin 1999).
4- Colloques
- Programme du deuxième colloque du programme "Etudes saussuriennes"
(Zurich, 12-13 novembre 1999), sur le theme : Ferdinand de Saussure et
l'interdisciplinarité des sciences du langage.
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Coordonnees Coordonnees Coordonnees Coordonnees Coordonnees Coordonnees
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{FR, 27/09/1999}
SEMINAIRES de l'équipe Sémantique des Textes
Premier semestre
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Sémantique textuelle, contexte et interprétation
Maîtrise et DEA
Lieu : Université Paris VII
UFR Sciences des textes et documents
2, place Jussieu, 75005 Paris
Heure : Jeudi 16h-19h30
1. Séminaire de Frank Neveu : Les jeudi de 16h à 18h, salle 212,
tour centrale, deuxième étage - à partir de la rentrée.
2. Séminaire de François Rastier : Les jeudi de 18h à 19h30, salle 213,
couloir 34-44, deuxième étage - à partir du 18 novembre.
Jeudi 18 novembre : François Rastier (CNRS)
La Bette et la Bête (Balzac : La Cousine Bette)
Jeudi 25 novembre : Simon Bouquet (Université Paris X)
Sémantique des genres et interprétation
Jeudi 2 décembre : David Piotrowski (CNRS-INaLF)
Structures morphodynamiques du lexique :
de la théorie au traitement empirique
Jeudi 9 décembre : Houssem Assadi (Bibliothèque Nationale
de France)
Analyse distributionnelle automatisée :
un outil pour la sémantique des textes.
Jeudi 16 décembre : Martine Cornuéjols (Université Paris XI,
Psychologie cognitive) :
La sémantique de l'image et du mot : un même réseau ?
Jeudi 6 janvier : Valérie Beaudouin (INALCO,
Centre de Poétique Comparée)
Analyse métrico-rythmique de grands corpus d'alexandrins
Jeudi 13 janvier : François Rastier (CNRS)
Primo Levi, Le survivant (Il superstite, Ad ora incerta)
Jeudi 20 janvier : Marie-Anne Chabin (Institut National
de l'Audiovisuel)
La structure de l'archive en tant qu'écrit spatio-temporel
Jeudi 27 janvier : François Rastier (CNRS)
L'hypallage et Borges
Second semestre
_______________
Lieu : Institut national des langues et civilisations orientales
Centre de Recherches en Ingéniérie Multilingue,
2 rue de Lille, 75007 Paris
Salons de l'Inalco, escalier C, deuxième étage.
Quatre conférences de F. Rastier
Jeudi 24 février, 17h.-19h. :
Anthropologie linguistique et sémiotique des cultures
Jeudi 2 mars, 17h.-19h. :
Corpus et intertexte
Jeudi 9 mars, 17h.-19h. :
L'action et le récit
Jeudi 16 mars, 17h.-19h. :
L'action et l'énonciation
(Contact électronique : lpe2@ext.jussieu.fr)
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{FR, 27/09/1999}
COURRIER DES LECTEURS : REMARQUES SUR QUELQUES ARTICLES DANS TEXTO!
Joseph BRENNER (jebrenner@compuserve.com)
Mes lectures de Texto! (extraits choisis) :
a) Badir: Immanence et cognitivisme
- Est-ce qu'il est sérieux? C'est la rentabilité des applications dans l'IA que
définit la valeur des sciences cognitives -le "rendement technique" ??
- La théorie de Lupasco permet de passer outre des contradictions telles
structuralisme et grammaire cognitive, de "dépasser des alternatives". J'ai un
peu marre des débats entre cognitivistes et structuralistes, comme, dans la
philosophie de la science, entre "modern-day Platonists and modern-day Kantian
constructionists".
- Justement, les sciences de l'homme et de la société ont autant à voir avec le
vrai et le réel que les sciences de la nature. Seulement, il faut des modèles
rigoureux (possible avec les NTIC) pour faire ressortir ceci (= formalisation
paradigmatique ?).
- Je m'intéresse beaucoup à votre point de vue sur Jean Petitot. Dans un article
"Modèles dynamiques en sciences cognitives", il présente, entre autres, une
défense de Langacker dans ces termes : "On a montré qu'ils (les modèles
dynamiques de syntaxe d'attracteurs) permettent de rendre effectif le concept
de "syntaxe d'attracteurs" et de résoudre partiellement le problème des
représentations structurées des les modèles connexionnistes. Cela permet de
développer une conception topologico-dynamique, schématique et iconique de la
grammaire affine à la Cognitive Grammar de Ronald Langacker..." Si la grammaire
de Langacker est telle que Badir la décrit, je n'ai pas grande sympathie pour
elle, mais il me semble possible et souhaitable d'intégrer les aperçus de la
théorie des catastrophes "à un niveau supérieur".
b) Berner/Thouard : La Dialectique ou l'Art de Philosopher
- Je me suis trouvé tout à fait à l'aise dans ce discours. Sans utiliser les
termes de Nicolescu, les auteurs montraient un esprit transdisciplinaire que
j'ai apprécié. Exemples : dernier paragraphe de la Section 2, surtout, la
distinction d'une attitude rélativiste. Tout comme "l'affection" chez Lupasco,
"le fondement transcendant échappe à la saisie réflexive". "(La dialectique)
n'est aucun des deux aspects, et pourtant elle n'existe qu'en eux". Plus
simplement, plus correctement peut-être, il s'agit d'une trialectique.
- "Schleiermacher pense bien que la contradiction porte en elle le critère de
la vérité, mais plus prudent que lui (Hegel)..." Selon moi, à juste titre,
Nicolescu dit : "...la triade hégélienne est incapable de réaliser la
conciliation des opposés, tandis que la triade de tiers inclus est capable de
la faire. Dans la logique du tiers inclus, les opposés sont plutôt des
contradictoires : la tension entre les contradictoires bâtit une unité plus
large qui les inclut."
c) Manjali: On the Spatial Basis of Conceptual Metaphors
- Beaucoup d'echos ici des idées qui sont importantes pour moi : "Its (the
metaphor's) iconicity is thus part-objective, part-subjective". "Image schemas
(...) are preconceptual and prelogical, in the sense of being prior to the
elements of a propositional logic".
- Mazzola has provided ways of looking at the topologies of embodied schemata.
- I think Lupasco goes beyond just an "entre deux". He recognized that he had
many traditional precursors (Nagarjuna is one mentioned here, later Pierce).
"One's own body is the third term" - matter-energy at a different level of
reality.
- I disagree with Cassirer as quoted by Manjali. For me, mythico-linguistic
thought is not something of such low level that the laws of the excluded middle
apply. The first sentence in this paragraph (p.6) is closer to what Lupasco is
talking about, but it blurs the emergence of something new (the included
middle).
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{FR, 27/10/1999}
VIENT DE PARAITRE
De Jean-Pierre MALRIEU, chez Routledge, 1999 :
"Evaluative Semantics. Language, Cognition, and Ideology"
Le logiciel afférent, COCONET, sera prochainement téléchargeable à partir du
site Texto! :
http://www.msh-paris.fr/texto/
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{FR, 27/10/1999}
Didier BOURIGAULT
Equipe de Recherche en Syntaxe et Sémantique
CNRS - Université Toulouse Le Mirail
&
Monique SLODZIAN
Centre de Recherche en Ingénierie Multilingue
Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris
Groupe TIA
Pour une terminologie textuelle
1) Introduction
Ce texte constitue un résumé du tutoriel donné à l'ouverture des troisièmes
journées "Terminologie et Intelligence Artificielle" (Nantes, les 10 et 11 mai
1999). Les auteurs ont été mandatés par les membres du groupe TIA (Terminologie
et Intelligence Artificielle) pour présenter une plate-forme, qui synthétise les
positions théoriques et méthodologiques du groupe sur le versant linguistique de
sa réflexion. Ces points de vue sont le résultat de discussions et réflexions
menées depuis plusieurs années au sein du groupe TIA, qui, compte tenu de la
complémentarité disciplinaire de ses membres et de leur expérience conjuguée
dans le champ de la terminologie, est en mesure d'offrir une analyse
suffisamment complète et équilibrée des nouveaux enjeux, pratiques, théoriques,
méthodologiques, de la terminologie.
2) Applications de la terminologie : état des lieux
Les besoins en terminologie dans les entreprises et dans les institutions se
multiplient. Suite à l'utilisation généralisée des outils de bureautique, à
l'internationalisation des échanges, au développement d'Internet, la production
de documents sous forme électronique s'accélère sans cesse. Or pour produire,
diffuser, rechercher et exploiter ces documents, les outils de gestion de
l'information ont besoin de ressources terminologiques. Outre l'accroissement
quantitatif de la demande, l'un des impacts essentiels de ces évolutions sur la
pratique terminologique est l'élargissement qualitatif considérable de la gamme
des produits à base terminologique nécessaires pour répondre à ces besoins.
A côté des bases de données terminologiques multilingues classiques pour l'aide
à la traduction, on voit apparaître de nouvelles productions terminologiques
adaptées aux nouvelles applications de la terminologie en entreprise :
* thesaurus pour les systèmes d'indexation automatique
* index structurés pour les documentations électroniques
* terminologies de référence pour les systèmes d'aide à la rédaction
* référentiels terminologiques pour les systèmes de gestion de données
techniques
* ontologie pour les mémoires d'entreprise ou pour les systèmes d'aide à la
décision
* réseaux lexicaux spécialisés pour les moteurs de recherche thématique sur
le Web
* glossaires de référence et liste de termes pour les outils de communication
interne et externe
* bases de connaissances terminologiques pour la description de corpus de
référence
* ...
L'essor de ces applications conduit à traiter, à l'aide d'outils, des quantités
de documents considérables. Ce changement d'échelle met en évidence des
phénomènes largement sous-estimés jusqu'ici.
C'est ainsi que s'impose le constat de la variabilité des terminologies : étant
donné un domaine d'activité, il n'y a pas UNE terminologie, qui représenterait
LE savoir sur le domaine, mais autant de terminologies que d'applications dans
lesquelles ces terminologies ont été utilisées. Ces terminologies diffèrent
quant aux unités retenues et à leur description selon l'application visée. Par
ailleurs, la croissance terminologique, induite par la prolifération en tous
sens de connaissances, entraîne la nécessité de mises à jour permanentes si
l'on veut répondre aux besoins des utilisateurs.
Ce constat sur la variabilité remet en cause le principe de l'universalité des
terminologies. L'expérience montre en effet qu'une terminologie élaborée pour
une application à un moment donné n'est jamais identique à celle construite pour
une application différente. Ces limites fortes à la réutilisabilité n'excluent
pas des relations d'inclusion ou de chevauchements partiels entre terminologies
dédiées à des applications différentes dans un même domaine d'activité.
L'ensemble de ces constats empiriques entraîne des changements en profondeur de
la pratique terminologique : l'activité de construction d'une terminologie est
désormais essentiellement une tâche d'analyse de corpus textuels. Ils appellent
du même coup à un renouvellement théorique de la terminologie : c'est dans le
cadre d'une linguistique textuelle que doivent être posées les bases théoriques
de la terminologie.
3) Nouvelles pratiques terminologiques
L'activité de construction d'une terminologie devient avant tout une tâche
d'analyse de corpus textuels. Il y a à cela deux raisons essentielles :
* Les applications de la terminologie sont le plus souvent des applications
textuelles (traduction, indexation, aide à la rédaction) ; la terminologie doit
"venir" des textes pour mieux y "retourner". C'est parce qu'elle n'est jamais
déliée du texte qu'on parle de "terminologie textuelle".
* C'est dans les textes produits ou utilisés par une communauté d'experts,
que sont exprimées, et donc accessibles, une bonne partie des connaissances
partagées de cette communauté, c'est donc par là qu'il faut commencer l'analyse.
L'expérience montre que l'hypothèse selon laquelle l'expert d'un domaine serait
le dépositaire d'un système conceptuel qu'il suffirait de mettre au jour est
non productive. La tâche d'analyse terminologique vise alors avant tout la
construction d'une description des structures lexicales à l'oeuvre dans un
corpus textuel à partir d'une analyse réglée de ce corpus.
Cette tâche ne peut être menée à bien par les experts ; la médiation d'un
analyste (linguiste terminologue, cogniticien) est nécessaire, en premier lieu
parce qu'on colle trop à ses propres usages langagiers ; c'est le médiateur qui
garantit la distance nécessaire à l'analyse. En second lieu, la pluralité des
pratiques à l'intérieur de ce que l'on a coutume d'appeler "domaine" induit des
points de vue différents sur le lexique (préférences, rejets, désaccords sur la
définition) qu'il faut arbitrer. La division du travail linguistique à
l'intérieur d'une entreprise requiert donc un médiateur, qui a en charge
l'application.
Pour chaque unité choisie, l'analyste construit une signification (type) à
partir des sens (occurrences) attestés dans le corpus. Dans cette tâche, il
est guidé en amont par le corpus (spécificités lexicales) et en aval par
l'application (utilisation des descriptions).
L'expert doit être considéré comme un partenaire du linguiste terminologue,
dans un travail de collaboration ; il est sollicité pour valider les
descriptions construites par celui-ci.
Le domaine doit être lié à une pratique, maîtrisée par une communauté d'experts.
Comme action (instrumentalisation du savoir propre à la technique), la pratique
ne procède pas de connaissances statiques, liées à des expressions linguistiques
bien stabilisées.
Avant la tâche de description lexicale, la constitution du corpus de référence
est une étape essentielle, prise en charge par le linguiste terminologue. Il
s'agit pour lui de collecter et de caractériser un ensemble de textesjugés
pertinents pour l'application visée.
Devant la masse des données à analyser et les délais imposés, la tâche
d'analyse de corpus ne peut être envisagée qu'avec l'utilisation des outils de
la terminologie textuelle (concordanciers, extracteurs de candidats termes,
extracteurs de relations candidates, classifieurs, etc.). L'utilisation de ces
différents outils doit être encadrée par une méthodologie précisant à quel
stade du processus et selon quelles modalités il convient de les utiliser.
4) Renouvellement théorique
Ces changements en profondeur de la pratique terminologique appellent un
renouvellement théorique.
Les propositions théoriques et méthodologiques qui suivent ont des bases
empiriques ; elles sont issues d'une analyse des nouvelles pratiques de la
terminologie, et elles ont pour ambition de les améliorer. Il ne s'agit donc
pas de fonder un nouveau dogme, mais de susciter des courants de recherche
variés dans le champ de la linguistique, dont chacun pourra contribuer à cet
objectif.
Proposition 1 : objet empirique d'une linguistique textuelle, le texte est le
point de départ de la description lexicale à construire. On va du texte vers le
terme. Les bases théoriques de la terminologie doivent être ancrées dans une
linguistique textuelle.
Proposition 2 : le terme est un construit. Il est le produit d'un travail
d'analyse, mené par le linguiste terminologue, dont les choix sont guidés par
une double de contrainte de pertinence :
- Pertinence vis-à-vis du corpus. Il s'agit de retenir et de décrire des
structures lexicales qui présentent des caractéristiques à la fois spécifiques
et stables. C'est à ce stade qu'intervient la validation par l'expert.
- Pertinence vis-à-vis de l'application. Les unités finalement retenues doivent
l'être en fonction de leur utilité dans l'application visée, qui s'exprime en
termes d'économie et d'efficacité. La validation est à chercher du côté des
utilisateurs de l'application.
La tâche de description lexicale est un travail de fixation, stabilisation,
homogénéisation d'une signification, dont le résultat est le terme. Il s'agit
de construire un type (une signification stable) à partir des occurrences
manifestées en texte. C'est ainsi qu'on parle de normalisation, non plus au
sens que la planification terminologique donne au mot, mais au sens où la
communauté d'experts "entérine" des signifiés comme des termes du domaine.
Le résultat de la description peut se présenter sous des formes diverses :
réseau, liste, glossaire, etc. Il n'existe pas de format canonique. Les noms
ne sont pas les seules unités lexicales à décrire. En attribuant au terme la
fonction de dénommer les concepts, la terminologie classique privilégie les
noms. En s'éloignant de cette approche référentielle très limitative, on est
en mesure d'accueillir les autres catégories du discours (verbes, adjectifs,
adverbes, prépositions, conjonctions), ainsi que des unités linguistiques plus
ouvertes (syntagmes nominaux, verbaux, adjectivaux).
5) Fin de la doctrine
Le virage méthodologique, rendu nécessaire par le travail sur corpus, crée une
onde de choc qui ébranle les fondements de la doctrine wüsterienne, fortement
référentielle (le mot comme étiquette du concept) et taxinomique (primauté de
la relation générique/spécifique).
Il est illusoire de chercher à aménager la doctrine : le postulat d'une
signification conçue comme discrète ou discrétisable, objectivante et permanente
qui caractériserait le terme a priori est antinomique avec une terminologie
textuelle. Les reformulations théoriques superficielles qui ont apparu ces
dernières années sont vaines : la notion de "phraséologie", en particulier, ne
peut sauver le postulat doctrinal du "terme" dans la mesure où elle est un biais
pragmatique pour détourner la question du contexte et de l'unité terminologique.
Les termes ne sont pas des "unités de connaissances" qui viendraient "habiter
la langue ". La tâche d'analyse terminologique n'est donc pas un exercice de
redécouverte d'un système notionnel préexistant qui caractériserait le domaine.
Les notions n'ont pas d'antériorité ou de priorité sur les mots : la
terminologisation est un processus parallèle à l'élaboration conceptuelle.
La terminologie doit sortir d'une sémiotique du signe fondée sur la triade
terme/concept/référent qui la rend inapte à aborder le texte. Cette critique
du réductionnisme référentiel est à l'ordre du jour en philosophie du langage.
Les appels à desserrer l'étreinte des postulats logicistes nous viennent de
plusieurs côtés (Putnam, Auroux, Eco), le positivisme logique qui a nourri la
doctrine ayant été remis en cause dès la fin des années 60. On peut constater
par ailleurs que les connaissances nouvelles sont plutôt éphémères et partagées
par des communautés restreintes au-delà desquelles elles ne circulent pas. On
est loin de la conception idéalisée du domaine comme fragment de connaissances
bien structurées, permanentes et clairement circonscrites.
On ne peut plus dire que la signification du terme est définie par la position
du concept dans le système conceptuel correspondant dès lors que l'on met en
doute la représentation métaphysique d'un système conceptuel préexistant
représentable par l'arbre du domaine.
Il est aussi illusoire de se soumettre au référent, y compris dans les domaines
techniques qui manipulent des artefacts. La description d'un objet technique est
elle-même tributaire du point de vue imposé par la spécialité de l'expert. C'est
en bout de chaîne, en normalisant le terme, qu'on lui prescrit une référence.
Dès que l'on abandonne l'approche logiciste du terme, étroitement liée à une
sémantique véri-conditionnelle, on reconsidère le statut de la définition
qui cesse d'être le résultat d'une procédure logique, métalinguistique.
La définition doit être cohérente avec les sens contextuels (avérés en corpus)
et pertinente vis-à-vis de l'application (comme elle s'inscrit dans une
application, elle participe aux objectifs communicationnnels, elle doit être
"localisée ").
Antinomique d'une approche étroitement onomasiologique, peau de chagrin du
linguistique, l'approche textuelle ouvre largement les portes à tous les acquis
de l'analyse linguistique et textuelle (on dépasse ainsi la vision étroite des
Lsp).
L'approche textuelle est descriptive (on analyse le fonctionnement d'unités
lexicales en corpus) et non plus normative : les enjeux de la planification
linguistique, si légitimes soient-ils, sont dissociés du travail terminologique
proprement dit. L'objectif premier de la terminologie classique était la
normalisation des langages techniques via la fixation a priori de la
signification des mots. Les textes réels qui prolifèrent et circulent en tous
sens, bousculant les frontières de domaines, remettent en cause ce projet de
mise en ordre des termes apriori. Un tel programme de régulation prescriptive
est contredit par le caractère fondamentalement ouvert des textes et de leurs
signes. Le constat de la plasticité du donné linguistique conduit à refonder
une "bonne pratique terminologique" sur le descriptif.
Pour conclure :
L'actualité de la question terminologique au travers des changements intervenus
en termes d'échelle et de rythme de production, ainsi que l'ampleur des besoins,
appellent un renouveau théorique et méthodologique. En permettant d'aborder
systématiquement l'étude des pratiques textuelles réelles, la linguistique de
corpus, avec ses techniques et ses outils, donne accès aux expressions
linguistiques concrètes d'où il sera possible de faire émerger, puis de
normaliser les termes pertinents. C'est une formidable ouverture pour la
réflexion théorique et méthodologique. Il va sans dire que la question des
procédures linguistiques présupposées par cette approche est à peine défrichée.
Le groupe TIA entend participer au débat en pleine conscience de la complexité
des enjeux théoriques et pratiques.
Il va également de soi que la linguistique ne peut couvrir à elle seule le
processus complet de modélisation des connaissances ; en fournissant la
terminologie adéquate à l'application, le linguiste prépare le travail de
représentation conceptuelle, mais il ne prend pas en charge la tâche de
modélisation des connaissances qui aboutira à la construction d'une ontologie.
Le relais est pris par l'ingénierie des connaissances. Le groupe TIA s'inscrit
dans la nécessaire coopération interdisciplinaire entre linguistes et
ingénieurs de la connaissance.
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{FR, 27/10/1999}
COLLOQUE SEMIOTIQUE DES CULTURES
Note de la rédaction :
Nous annoncions des échos du colloque Sémiotique des cultures et sciences
cognitives (Genève-Archamps, juin 1999). Voici donc, en premier lieu, des
notes que nous devons à l'un des inscrits, Mathieu Brugidou, chercheur à
l'Electricité de France. Le lecteur gardera en tête que ce document n'a pas
été rédigé à notre demande, et, dit son auteur "est plus une retranscription
de mes notes qu'un compte rendu critique à proprement parler. Ces notes sont
nécessairement parcellaires et traduisent ma compréhension inégale des thèmes
abordés. Quant à mes remarques, elles sont le fruit de mon intérêt sélectif
-notamment pour les sciences sociales et l'analyse du discours- et reflètent
donc un point de vue particulier."
Institut Ferdinand de Saussure
Colloque inaugural
" SÉMIOTIQUE DES CULTURES ET SCIENCES COGNITIVES "
GENÈVE-ARCHAMPS, 20-23 JUIN 1999
RETRANSCRIPTIONS DES NOTES
de MATHIEU BRUGIDOU
En guise de préambule...
Ce document reprend l'essentiel de mes notes prises au cours du colloque.
Elles suivent un texte de présentation et précède le programme. Seul H. Wismann
(University of Heidelberg) a manqué à l'appel. Les notes sont bien sûr le
fruit de mon attention (i- sélective, ii- souvent chancelante, iii- de ma
compréhension défaillante ...).
L'intérêt du colloque est de réunir des interventions diverses autour de la
question de la sémiotique et des sciences cognitives. La plupart des
interventions critiquent ou se démarquent de ce qui serait un programme de
"naturalisation" du sens ou de réduction des sciences de la culture à un projet
scientiste. Cela dit, le colloque souligne aussi l'importance des questions
posées par ces sciences cognitives, dans la mesure où elles permettent de
renouveler les questions de l'émergence de la conscience et de la culture.
Dans ces deux cas, on souligne l'importance de la coupure sémiotique -cf.
l'arbitraire du signe (d'où le parrainage de Saussure) comme dernière étape
d'un processus d'autonomisation du signe/symbole, après l'indice et l'icône,
coupure que l'on peut pointer aussi bien dans l'apprentissage de l'enfant que
dans l'avènement des formations culturelles. "L'ordre symbolique" permet en
effet de s'abstraire de la nécessité immédiate (stimuli/réponse), de penser
l'absence et constitue un "avantage sélectif", pour parler comme les
néodarwiniens, non négligeable.
Ces thèmes permettent d'aborder une série de questions sur le rôle de "l'ordre
symbolique" et sur les relations qu'il entretient avec les autres instances
d'humanisation. Ainsi la question de ces relations avec l'ordre biologique
(l'ordre symbolique rétroagissant en réalisant sélectivement des "promesses
génétiques"), avec la technique (c'est bien ce même ordre qui nous permet de
nous "formater" aussi à la technique et à ses impératifs et de faire de "bons
usagers") et enfin avec l'ordre social (l'habitus peut être aussi décrit comme
une sémantisation du social etc.)
C'est sur cette dernière question que le colloque présente je crois une
limite : les rapports de la sociologie (comme champ scientifique) et du sens
sont peu traités (sauf l'intervention de Bronckart sous un angle plus
psychosociologique) : certes, la plupart des intervenants conçoivent le
symbolique comme ouvert sur le social, l'historique etc. On est loin de la
description de la langue comme un système formel et fermé... Pourtant les
pratiques sociales sont le plus souvent perçues comme un horizon, c'est à dire
qu'elles sont toujours vues de loin donc unifiées. On prend ainsi assez peu en
compte le fait que le sens est le produit d'une rencontre controversée entre
des intérêts (sauf l'intervention sur la rhétorique), de positions distinctes
et que l'ordre symbolique est aussi le fruit (mais pas seulement) "d'effet de
domination" (qui précisément tend à oublier son origine sémantique et à se
réifier), que le sens, enfin, se négocie -conventionnellement et de nouveau on
retrouve des locuteurs/acteurs etc. Par ailleurs, les "grands récits sociaux"
sont cités mais assez peu analysés et notamment leur appareillage propre
-idéosystèmes etc.- n'est pas analysé en tant que tel.
Toutefois, l'intérêt de l'angle privilégié est qu'il permet d'ouvrir la question
du sens et de ne pas la cantonner ni dans la langue, ni même dans des systèmes
sémiotiques dont on s'évertuerait à décrire le fonctionnement interne et
formel... (mais finalement qui fait seulement ça ?) Le profit est aussi
épistémologique. On peut retrouver en effet des discussions propres à la
sociologie : explication versus compréhension, les "faits sociaux comme des
choses" versus des objets construits, des questions comme "les sciences sociales
sont-elles des sciences "nomologiques" (de la loi, des régularités statistiques
"objectives") ou historiques ?" mais aussi des débats du coté des méthodes
(quanti versus quali...).