2001_12_18

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SdT volume 7, numero 7.

 

 

                                                                                LA CITATION DU MOIS

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             Grâce à la poésie, l'ordre des choses, épuré et rendu léger,

             libère les mots de leur obligation à les représenter.

                                                                                Sémir Badir

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                                                     SOMMAIRE

 

 

1- Coordonnees

             - Bienvenue a Dora Riestra, H.S. Gill, Anna Rahal, Martine

               Versel, Olivier Laugt, Jean-Louis Vaxelaire, Mehran

               Zendehboudi

             - Nouvelle adresse pour Regis Burnet

 

2- Carnet

             - Alain Herreman devient MdC en epistemologie a Rennes.

             - Association des Professionnels des Industries de la Langue

               (APIL)

             - Stage Le métier des archives dans l'environnement électronique

             - Precautions generales vis a vis des virus

 

3- Publications

             Theses et habilitations :

             - Regis Burnet : La pratique epistolaire chretienne au 1er et

                          2e siecle : de Paul de Tarse a Polycarpe de Smyrne

             - Jean-Louis Vaxelaire : Pour une lexicologie du nom propre

             - Driss Ablali : Le discontinu et le continu du texte :

                                          de Hjelmslev aux recherches cognitives

             - Simon Bouquet : Signes, jeux et genres. Relectures de

                           Saussure, Peirce, Wittgenstein et Bakhtine dans la

                           perspective d'une linguistique de l'interprétation

             - Mathieu Valette : Les linguistiques enonciatives et cognitives

                                            De Gustave Guillaume à Bernard Pottier,

                                            Maurice Toussaint, et Antoine Culioli.

             - Franck Neveu : Detachement et construction de la reference

             Ouvrages :

             - Maria Dolores Vivero Garcia :

                           El texto: teoria y analisis linguistico

             - Francois Rastier : Semantique et recherches cognitives

                                                     (Seconde edition augmentee)

             Et les nouveautés sur le site Texto!

 

4- Textes

             - Bruno Schulz : La mythification de la realite

 

5- Appels : Colloques et revues

             - "text-e - Ecrans et réseaux, vers une transformation du

                rapport à l'écrit ?", sur Internet, octobre 2001 - mars 2002.

             - Journée Conscila "Les formes sémantiques, du mot au texte"

               1er février 2002, Paris. (Résumés des communications)

                          

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BIENVENUE AUX NOUVEAUX ABONNÉS

[information réservée aux abonnés]

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{FR, 10/12/2001}

 

BONNE NOUVELLE

 

Alain HERREMAN vient d'obtenir un poste de maître de conférence en

épistémologie et histoire des sciences à l'université de Rennes.

 

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{FR, 13/12/2001}

 

Sur le haut de l'APIL

 

Nous sommes heureux de vous annoncer la création de l'Association des

Professionnels des Industries de la Langue (APIL). Comme son nom

l'indique, l'APIL regroupe les personnes qui oeuvrent dans le domaine

des industries de la langue (notamment, ceux qui sont en contrat CDI,

CDD, indépendants... auprès des industriels, producteurs ou

utilisateurs).

 

Les objectifs de l'Association sont :

* l'information des professionnels (nous avons mis en place un forum à

cet effet) ;

* la structuration des métiers (nous avons commencé une description des

métiers des industries de la langue) ;

* l'aide à l'emploi (nous mettrons en place bientôt une bourse d'offres

dans le domaine).

 

Pour mieux nous connaître, vous pouvez aller sur le site de

l'association

             www.apil.asso.fr

 

En espérant vous compter bientôt parmi nos membres,

Apilement votre Lionel STOUDER

 

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{Chabin 03/12/2001}

 

STAGE

 

Archive 17 propose deux nouvelles sessions du stage

 

"Le métier des archives dans l'environnement électronique"

 

Date et lieu :

lundi et mardi 11-12 février 2002 à Paris (lieu à préciser ultérieurement)

mardi et mercredi 9-10 avril 2002 à Paris (lieu à préciser ultérieurement)

 

Pour recevoir le programme détaillé et le formulaire d'inscription,

ou pour toute question, contacter Marie-Anne Chabin :

             tél. 01 43 49 42 62

             marie-anne.chabin@archive17.fr

 

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{FR 05/12/2001, BP 12/12/2001}

 

VIRUS

 

Eh oui, les abonnés SdT en rencontrent aussi. Les uns s'inquiètent d'en

avoir transmis malgré eux, les autres font part d'alertes et

d'instructions thérapeutiques détaillées.

 

Contentons-nous ici de rappeler les précautions générales de base :

 

- ne jamais ouvrir de pièce jointe, surtout celles annoncées par un

message vide, incohérent ou en anglais (et que ce n'est pas la langue

habituelle du correspondant qui vous l'envoie), et à l'intitulé

mystérieux ou aguicheur. Ou au moins, tourner 7 fois sa souris sur le

tapis avant de cliquer.

 

- corollaire : désactiver l'option HTML du courriel, et toute autre

option qui ouvre automatiquement les fichiers.

 

- mettre régulièrement à jour son anti-virus (au moins une fois par

mois). Cela se fait généralement via internet, sur le site du

fournisseur d'anti-virus.

 

- savoir qu'on est particulièrement vulnérable et redoubler de prudence

(ou changer d'équipement) si on est sur Outlook ou/et sous Windows

95/98/2000.

 

- et pour tous les échanges avec la liste, merci d'éviter les pièces

jointes. Par exemple, si l'annonce que vous voulez transmettre se

présente comme un .doc ou un .rtf, enregistrez-la en texte seul (.txt)

et/ou faites-en un copier-coller dans le corps de votre message.

 

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{FR, 10/12/2001}

 

AUTOMNE, SAISON DES BELLES THÈSES

 

Régis Burnet

 

                La pratique épistolaire chrétienne au 1er et 2e siècle :

                           de Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne

 

 

Hautes Etudes, section des Sciences religieuses.

Soutenue le 24 novembre 2001.

 

Jury : François Rastier (DR CNRS), Louis Panier (directeur du CADIR à

Lyon), Alain Le Boulluec et J.-D. Dubois (professeurs aux H. Etudes),

J.-P. Lémonon (professeur de à l'université catholique de Lyon).

 

Position de thèse :

 

Qui ne serait d'accord pour reconnaître qu'au sein du genre épistolaire,

les épîtres du premier christianisme, qui mêlent le corpus des épîtres

néo-testamentaire (épîtres de Paul, de Jacques, de Jude, de Jean, de

Pierre, Épître aux Hébreux) et les écrits des "Pères apostoliques"

(épîtres d'Ignace d'Antioche, de Clément de Rome, de Barnabé et de

Polycarpe) forment un ensemble bien déterminé et autonome ? En ion de l'orthodoxie, qui occupera les

écrits suivants du christianisme.

 

Or, malgré l'évidente unité du corpus, bien peu de travaux

l'envisagèrent dans son ensemble. Deux raisons à ce fait. La première

tient à la clôture du Canon des Écritures qui trace une partition nette

entre écrits canoniques et écrits non canoniques et déprécie les écrits

non canoniques. Ceux-ci se voient confiés à des patrologues, tandis que

l'étude des textes canoniques demeure le domaine réservé des exégètes.

Chacun revendique ses usages disciplinaires, ses méthodes de lecture et

sa perspective historique. La seconde tient à la personnalité de Paul de

Tarse qui écrase de son importance le champ des études épistolaires

chrétiennes. Dans l'opinion des commentateurs, cette influence

prépondérante ravala au rang de simples imitateurs ceux qui prétendaient

écrire des lettres après l'apôtre, qui jouit du privilège de

l'ancienneté et passe pour l'inventeur du genre épistolaire chrétien. On

trouve dans tous les manuels d'introduction au Nouveau Testament le

préjugé suivant qui fait de Paul l'épistolier par excellence : Paul, ne

pouvant faire autrement (a), a écrit des lettres personnelles (et non

des épîtres publiques) (b) et a fait du genre épistolaire, dont il

hérite et qu'il christianise (c), un moyen privilégié d'évangélisation

(d), marquant ainsi durablement la pratique épistolaire chrétienne (e).

 

À la vérité, cette phrase recèle dès son énoncé une série de

contradictions. Comment concilier (a) et (d), la conception de la lettre

comme pis-aller et celle de la lettre comme méthode par excellence de

l'évangélisation, comment l'apôtre aurait-il pu à la fois se défier de

la lettre et lui confier son apostolat ? De même, comment croire que

Paul écrit des lettres privées (b) alors qu'il les adresse à des

communautés entières ? En outre, qu'il y a-t-il donc de commun entre les

vastes lettres pauliniennes et les courtes missives usuelles dans

l'Antiquité ? Plutôt que d'admettre qu'il christianise (c) le genre

épistolaire, ne faut-il pas imaginer qu'il change purement et simplement

de genre ? Enfin, en lisant les longs sermons que représentent l'Épître

aux Hébreux ou l'Épître de Jacques ou bien en consultant les brèves

lettres johanniques, comment peut-on prétendre que Paul eut des

continuateurs (e) ?

 

Pour étudier les écrits épistolaires du premier christianisme, il faut

donc résister à l'habitude acquise ; refuser de morceler le corpus en

deux et de l'interpréter à l'aune du seul Paul.

 

Une première voie d'exploration consiste à interpréter le corpus au sein

même de son contexte de production, de le rapporter au genre dominant de

l'époque, la rhétorique, et de le comparer à l'épistolaire antique.

Cette double confrontation occupe la recherche contemporaine -avec la

rhétorique et avec le genre épistolaire. Malgré des résultats probants

dans chacune des branches, l'union des deux perspectives aboutit à un

résultat contradictoire dont les chercheurs prennent conscience depuis

quelques années. En effet, en cherchant, d'une part, à confronter les

écrits chrétiens avec les traités de rhétorique, on parvient certes à

les diviser en narrationes, probationes, suasiones, mais on contribue

surtout à les envisager comme des discours ou des plaidoiries mises par

écrit : que devient leur spécificité et pourquoi parler encore de

"lettres" ? D'autre part, en rapportant la pratique chrétienne à

l'épistolographie grecque, romaine et juive, on s'aperçoit vite qu'elle

n'obéit pas aux règles très précises théorisées dans les manuels et

observables dans la pratique, qui les voudraient brèves et simples : les

voilà menacées dans leur existence épistolaire, puisque détachées de

leur parenté.

 

Face à ces apories, nous entendons revenir au corpus pour rechercher ce

qui le définit en le rapportant à son trait dominant. La spécificité des

épîtres du premier christianisme réside avant tout dans la radicale

nouveauté de leur énonciation. Il ne s'agit plus comme dans certaines

lettres philosophiques par exemple de faire appel à la raison présente

en chaque homme pour lui faire reconnaître la validité d'un discours

issu des seules capacités de l'esprit humain mais de lui proposer un

message qui se réfère à une "parole" non humaine. Toutes les lettres

prétendent communiquer la Bonne Nouvelle (l'Évangile) du salut réalisé

en Jésus Christ et définir les comportements nouveaux qu'impose cette

Révélation. Toutes se posent en médiatrices de cet Évangile compris dès

l'origine comme une parole communiquée non d'homme à homme, mais de Dieu

à l'homme. La particularité de l'énonciation chrétienne réside dans

cette disproportion consciente, et pour ainsi dire mise en scène, entre

une parole issue de la transcendance et une mise en discours humain.

L'épistolaire s'établit sur l'aveu initial de la subordination du moi à

la parole créatrice qui a précédé de toute éternité la parole privée.

Pourquoi avoir choisi la lettre et par quels moyens épistolaires réussir

cette mise en texte d'un Évangile compris pour dépasser celui qui

l'énonce ?

 

Cette interrogation fondamentale, que l'on pourrait dire de "pragmatique

épistolaire" se double d'une seconde question de critique génétique.

S'il est vrai que Paul fut le premier à réaliser cette "mise en lettre"

de l'Évangile, il convient de se demander en quoi cette nouvelle

utilisation de la lettre actualisa des potentialités déjà exprimées dans

l'usage épistolaire précédent, et comment, ensuite, elle fut prolongée

ou récusée. Paul invente-t-il ex nihilo la lettre chrétienne et comment

ses successeurs ont-ils poursuivi et remis en cause l'usage qu'il en

fait ?

 

Le corpus épistolaire chrétien fournit donc un cas pratique idéal pour

vérifier la théorie de la genèse des genres : le genre littéraire, que

l'on peut définir comme une classe de textes entretenant une parenté de

forme et de contenu, ne fait que codifier un acte de parole ; une

utilisation particulière de la langue sert de modèle à d'autres textes

qui suivent plus ou moins les façons de faire mises en oeuvre par le

premier texte. Paul crée-t-il ses propres règles ou se contente-t-il de

modifier des règles existantes ? Ses successeurs suivent-ils les règles

qu'il a créées, les durcissent-ils ou en adoptent-ils d'autres ?

 

Les deux questions, celle de l'énonciation épistolaire et celle de la

génétique des genres, ne forment à vrai dire qu'une seule interrogation

littéraire formulée à deux niveaux, celle de la genèse et de l'évolution

d'un sous-genre épistolaire, qui ne se définit pas seulement par des

différences de forme, mais également par son énonciation.

 

Après avoir analysé les théories épistolaires modernes et antiques et

les avoir rapportées aux lettres chrétiennes, la recherche peut parvenir

à quelques résultats, et au moins répondre au préjugé sus-mentionné.

Tout d'abord, après avoir procédé à l'analyse des théories rhétoriques,

elle peut conclure à son inutilité dans la recherche d'un modèle de

fonctionnement épistolaire. Ensuite, s'intéressant à l'affirmation (b)

qui provient directement de la distinction entre Epistel et Brief

adoptée au siècle dernier par Adolf Deißmann, elle montre sa fécondité -

mettre sur la voie de l'autonomie épistolaire chrétienne-, mais démontre

en même temps qu'elle ne possède pas suffisamment de précision pour

caractériser la diversité de la pratique chrétienne. Quant à

l'affirmation (a), qui voit dans la lettre un substitut imparfait de

l'évangélisation orale, elle mérite d'être révisée. L'apôtre Paul

indique lui-même qu'il envisage la lettre comme un choix positif qui lui

permet de transmuter la tristesse d'une entrevue tumultueuse en une joie

et une preuve de l'amour qu'il porte à ses communautés. En outre,

l'ampleur des ressources textuelles qu'il met en œuvre pour faire de ses

écrits les vecteurs de sa présence -et partant de son autorité- en font

des oeuvres profitables, bien éloignées des pis-aller dans lesquels veut

les enfermer une vision pessimiste de l'usage épistolaire.

 

Certes un tel usage de l'écrit ne va pas de soi. La part d'invention de

Paul dépasse le stade de la simple "christianisation" de l'affirmation

(c), si du moins on entend par là la substitution de formules

christiques au souhait de bonne santé habituel dans l'épistolaire

antique. Les lettres pauliniennes bouleversent la pratique antique qui

fait de ces textes le lieu de la construction d'un ethos énoncé

permettant de faire de la figure de l'apôtre celle d'un homme sans

qualité qui laisse transparaître en lui la puissance divine. Seule cette

irruption de la subjectivité -mais d'une subjectivité informée par Dieu-

permet une conception de l'imitation et fait de la lettre un moyen de

construire un modèle à imiter (cf. affirmation (d).

 

L'affirmation (e), enfin, doit être entièrement révisée.Comment

prétendre que Paul marque durablement l'épistolaire chrétien, quand on

peut constater que ses successeurs ne respectent plus totalement sa

pratique ? Certes, ils imitent le formulaire et toutes les marques

extérieures coutumières à l'apôtre. Cependant, ils font déjà de Paul une

simple figure d'autorité et ne respectent plus les techniques textuelles

de construction de l'ethos énoncé.

 

Les autres lettres chrétiennes n'ont rien de paulinien. Ou bien elles

reviennent à la pratique d'avant Paul comme 2Jn ou 3Jn, ou bien comme

1P, elles adoptent la façon de faire des pastorales, celle d'une

pratique post-paulinienne. Ou bien elles inventent une nouvelle forme,

la lettre mémoriale, qui place l'émetteur dans la position d'une

instance de remémoration dont le prestige vient affermir la fonction. Il

n'est guère qu'Ignace d'Antioche à se rapprocher de l'apôtre, tant par

la forme que par la construction de sa propre figure.

 

L'analyse de l'épître de Polycarpe de Smyrne, enfin, conforte in fine

les options prises au début concernant la constitution du corpus. Avec

elle, les écrits chrétiens changent de régime : oeuvre de commentateur,

oeuvre de lecteur, elle se détache de la pratique épistolaire du premier

christianisme pour annoncer les écrits des Pères apologistes.

 

Prétendra-t-on alors, qu'à cette seule exception ignacienne, Paul n'a eu

aucune influence sur la littérature chrétienne ? L'enquête, qui insiste

sur la civilisation de l'oralité qui baigne ces écrits, ne saurait

mésestimer l'importance de l'apport paulinien : Paul est le premier

chrétien dont un écrit soit conservé. En écrivant, Paul se veut-il le

gardien des traditions ? Certes, l'apôtre fait état quelquefois d'un

kérygme et cite des éléments appartenant à la tradition de l'Église

naissante. Cependant, il reste très allusif sur ce qui pourrait

constituer une sorte de "catéchisme paulinien" : le contenu de ses

prédications dans les communautés. Au contraire, ses lettres renvoient

au moment de l'évangélisation, comme moment séminal et font assez peu

allusion à un système constitué qu'elles auraient en charge de

conserver.

 

L'événement qu'il s'agit de rappeler et de rendre présent est celui de

la première rencontre avec la prédication paulinienne, la première venue

de l'apôtre face à ses communautés. La première confrontation, non

répétable, avec la parole divine constitue en quelque sorte l'événement

constitutif de l'être chrétien : il contient en lui-même toutes les

potentialités de la vie future et possède cette étrange particularité,

que sa seule mention suffit à faire adopter une conduite juste et une

pensée droite. Sans doute convient-il de lier cette confrontation

originaire avec le baptême : Église, souviens-toi de ton baptême, répète

Paul, car il te sauve dans le futur, mais également dans le passé ; te

sachant sauvé, tu ne saurais mal de te comporter. Pour Paul, le but de

la lettre consiste à "rejouer" la confrontation primitive avec la Parole

et de remémorer les conditions de ce rappel en créant une manière de

représentation de cette communication par le médium épistolaire, dans

laquelle se suscite une présence de l'apôtre et de ces communautés. Non

seulement cette image rappelle l'événement fondateur de l'être chrétien,

mais elle recrée aussi les conditions d'énonciation de cette parole

fondatrice. Les lettres de Paul entretiennent bien des parentés avec la

complexe figure de l'hypotypose si délicate à définir. Comme elle, elles

cherchent à créer des tableaux frappants faits de papier (plus

exactement de papyrus) et d'encre, comme elle, elles font appel à tous

les sens du lecteur. Comme elle, surtout, elle croit aux pouvoirs de

l'écriture et à son efficacité : on peut faire des choses avec des mots

et un texte écrit peut autant modifier l'ordre du monde qu'un geste.

 

La situation est tout autre pour les pseudépigraphes, puisqu'il ne

s'agit plus seulement de réussir une nouvelle confrontation à l'évangile

oral, mais de s'appuyer sur la transmission ecclésiale du message de

l'apôtre que l'on imite. L'objet de la remémoration devient donc la

bonne éducation chrétienne, le message de l'apôtre ainsi que ce qui

risque de se perdre : l'image que l'apôtre a laissée de lui-même. Le

lecteur arpente le domaine de la commémoration, du souvenir que l'on

recherche et que l'on construit, en fournissant quelques lignes, à

charge au lecteur de combler les manques par son propre effort

intellectuel. Ainsi s'explique ce fait souvent relevé : la figure de

l'apôtre des pseudépigraphes demeure souvent allusive et son message

tracé à grands traits ; seuls importent les éléments pertinents, les

lignes de force, les éléments nouveaux issus d'une nouvelle

compréhension du monde. Pour le lecteur, il n'est que de faire appel à

son propre fonds de souvenirs et de sa propre expérience pour "remplir

les blancs" du texte. L'anamnèse fait de l'épître une de ces "machines

paresseuses" chères à Umberto Eco : se fondant sur un savoir préalable,

elles ne contiennent que la juste dose d'information nécessaire à la

compréhension de leur propos, qui sont les éléments nouveaux,

actualisés.

 

Il en va de même pour Barn et 1Clem, qui s'appuient sur du déjà connu.

Leur visée étant pédagogique, il leur appartient de mettre clairement en

lumière les éléments les plus importants : leur "recompréhension"

s'affirme avant tout comme une réévaluation du pertinent, objet de leur

insistance. Ils n'ont plus la prétention de transmettre une figure,

seuls leur importent l'enseignement et la tradition.

 

1Jn va encore plus loin : en présentant l'énonciateur sous la double

figure de celui qui reçoit un souvenir et de celui qui le retransmet en

le reformulant dans un commandement ancien-mais-nouveau, la lettre met à

nu les mécanismes littéraires de l'anamnèse : elle présente une anamnèse

qui se fait.

 

La manière d'Ignace, enfin, s'apparente beaucoup à celle de l'Apôtre des

Nations. D'ailleurs, ses fréquents tableaux le peignant en martyr,

quitte à employer un matériau intertextuel, ne sont-elles pas très

exactement des hypotyposes ? Pourtant, la structure anticipative de ses

lettres leur confère une autre signification. Ces hypotyposes  créent le

souvenir dont elles sont le signe. Il ajoute au rappel de la doctrine le

souvenir d'un comportement vertueux dont il est lui-même l'image et, ce

faisant, se sent appelé à orchestrer sa propre souvenance. De tous les

auteurs de notre corpus, Ignace manifeste le plus de sens littéraire :

il a en effet compris que la mise en discours ne reproduit pas la

réalité, mais représente une certaine forme de réalité, une forme

maîtrisée, interprétée, et qu'à la limite, une nouvelle forme de réalité

peut être créée littérairement.

                                        ____________________

 

Jean-Louis Vaxelaire

 

                           Pour une lexicologie du nom propre

 

Thèse de doctorat soutenue le 26 novembre 2001 à l'université Paris VII.

 

Résumé :

 

 

On assiste depuis quelques années à un regain d'intérêt pour le nom

propre en linguistique. Les conclusions générales nous semblent

toutefois insatisfaisantes : son sens ne serait que pragmatique, il ne

relèverait pas du dictionnaire mais de l'encyclopédie et, enfin, il ne

ferait pas partie du lexique mais d'un onomasticon.

 

Il est vrai que le nom propre dépend avant tout d'une distinction

d'ordre logique, mais nous désirons, dans cette thèse, replacer son

étude dans un cadre strictement linguistique car les mots que nous

analysons sont, avant d'être des noms propres, des noms.

 

Nous proposons dans un premier temps d'observer les traits

caractéristiques du nom propre (prétendus ou réels) et de présenter une

définition en extension car la catégorie ne se limite pas aux seuls

anthroponymes et toponymes. Dans un second temps, nous cernons son

contexte épistémologique : une vision claire de l'histoire du nom propre

doit nous permettre d'accéder à une compréhension plus juste. Il ressort

finalement de cette étude que la sémantique interprétative permet un

traitement novateur et pertinent du nom propre.

 

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