Thierry Mézaille : THÉMATIQUES LITTÉRAIRES


II. APPLICATION AUX CORPUS D’AUTEURS

Chapitre 1. Rôle narratif des véhicules hippomobiles dans le roman réaliste
(
Madame Bovary, L'éducation sentimentale , Bel-Ami, Une vie)

Comme les détails descriptifs des tenues ou de la composition des repas, les précisions relatives aux moyens de transport sont un élément indispensable au "cahier des charges" (cf. Hamon) d'un romancier dit réaliste. Néanmoins à travers elles, nous n'adopterons pas le point de vue du documentaire historique sur l'époque, mais chercherons à cerner les valeurs sémantiques (i.e. sèmes afférents) que leur confère chacun des quatre romans classiques de Flaubert et Maupassant.

I. Dans Madame Bovary

La gageure de l'étude consiste à suivre les principaux épisodes du roman à partir des items du champ lexical (plus exactement, en termes sémantiques, du taxème) //hippomobiles//. La recontextualisation des occurrences permet de les indexer aux isotopies qu'un lecteur assidu du roman est apte à produire ou à reconnaître. C'est dans ce sens contextuel que réside l'enjeu du relevé des occurrences. Les déplacements que ce moyen de transport occasionne présentent un intérêt tant au niveau narrativo-descriptif qu'à celui des détails et de la cohérence de genre "réaliste".

La première occurrence se situe dans la description de la ferme des Bertaux, "de bonne apparence", telle que la découvre le médecin Charles en visite (focalisation interne) :

Puis lors des noces, la dominante des véhicules campagnards est associée au contexte des actions imperfectives :

On note une progression dans la charge affective pesant sur les hippomobiles; telle cette carriole quittant le champ visuel du père qui l'indexe à /nostalgie/ et /amour paternel/.

Lors de l'emménagement, les habitudes d'Emma obligent à la sollicitude du mari qui embourgeoise sa femme en lui offrant un véhicule chic. En effet le nom boc est une abréviation de boghei (ou boguet, selon le TLF, qui cite Flaubert), désignant une "voiture légère, petit cabriolet découvert" (selon Littré); nom tiré de l'anglais comme le tilbury, cet autre "cabriolet découvert et léger" :

Vient ensuite la rétrospection sur le romantisme d'Emma lorsqu'elle avait treize ans au couvent des Ursulines. C'est alors que la voiture, non plus réelle-matérielle mais représentée-spiritualisée, est assimilée à la première occ. de "fiacre" sur l'isotopie /aristocratie/, mais aussi, aspectuellement, de nouveau /imperfectif/ :

Par assimilation, ce dernier véhicule urbain renvoie à "l'attelage que conduisaient deux postillons" des gravures, relevant ainsi davantage de l'univers esthétique voire onirique que banalement concret.

L'imperfectivation engendre l'ennui [3], non seulement par manque d'activités citadines, mais par ressouvenir nostalgique de son adolescence où l'épisode de la remise des prix est indexé à /sacralité/ (euphorisante), comme l'est aussi la première occ. de "calèche", emblème esthétique par assimilation avec la distinction honorifique :

L'isotopie /sacralité/ est récurrente lors du bal à la Vaubyessard (cf. la comparaison avec l'église) qui comporte trois temps dialectiques (départ, arrivée, re-départ). L'épisode qui enjambe deux chapitres s'achève sur la comparaison avec un "carrosse", lequel ne peut être que connecté par le lecteur au boc de Charles, selon le point de vue transfigurateur d'Emma éblouie :

L'Ailleurs nostalgique se réalise au domicile même, lorsqu'Emma retrouve l'objet fétiche de la société aristocratique où elle vient de vivre une fête merveilleuse. Rien d'étonnant alors à ce que les calèches rêvées remplacent les charrettes banalement rurales qui y mènent :

La seconde partie s'ouvre sur la peinture d'Yonville, telle que la voit le couple venant de déménager (la focalisation interne occulte l'évaluation de l'observateur au profit de la précision réaliste) :

Ultérieurement, la description du marché réitèrera la même thématique. Néanmoins elle contraste avec la tension familiale :

Le fait que ce passage soit vu par "Emma accoudée à sa fenêtre" (foc. interne) n'est pas indifférent car quelques lignes plus bas c'est Rodolphe qui entre dans son champ de vision. De sorte qu'il se trouve en quelque sorte introduit par cette description rurale.

Mais revenons au chapitre premier où s'effectue l'arrivée des Bovary. Ils sont accueillis dans le milieu où gravite le pharmacien Homais. La médiocrité dénoncée de ce milieu se traduit par la platitude de l'appellation "voiture", pour l'Hirondelle, plus loin qualifiée de "diligence" (dans un autre contexte, des cooccurrences lexicales similaires sont employées dans un sens différent, mais toujours pour dénoter la dégradation : Emma "se rappela tous ses instincts de luxe, toutes les privations de son âme, les bassesses du mariage, du ménage, ses rêves tombant dans la boue comme des hirondelles blessées"), ainsi que par la dévalorisation du véhicule des arrivants :

La question de savoir si cette diligence est conforme à celle qui a réellement existé, du même nom, est de notre point de vue sans intérêt; l'est en revanche sa situation tactique, en constatant qu'elle introduit quelques lignes plus bas la description du deuxième amant d'Emma (association confirmée en II, ch. 8, infra : "c'était dans cette voiture jaune que Léon, si souvent, était revenu vers elle").

Quant au pharmacien, il indexe 'cabriolet' à l'isotopie /confort/, par contraste avec les véhicules précédents ou le cheval dont use Charles depuis le début du roman :

Le problème financier de Charles introduit une isotopie sur laquelle se développera l'évolution dramatique du sort de sa femme. Quant à la symbolique de la statue brisée, apparue lors des noces, elle semble claire concernant la fêlure du couple :

D'ailleurs, en côtoyant le Léon (clerc du notaire Guillaumin), l'énamoration se produit lors des habitudes au sein de l'auberge ; sa complicité avec Emma semble favorisée par le romantisme de la représentation artistique qui confère à "voitures" une valeur dénotant avec la banalité du véhicule quotidien :

L'idéalisation prend le relais de sa timidité lorsqu'il transfigure le mari mais aussi le boc matériel en autant d'éléments métonymiques d'Emma :

Les adieux déchirants ont lieu lors de la disjonction spatiale (Rouen vs Yonville). Contrairement à la diligence précédente, on note ici que "voiture" ne s'oppose plus à "cabriolet" qui au contraire la paraphrase :

Lors des Comices agricoles, l'arrivée de la sommité s'effectue dans un véhicule (le carrosse, ici paraphrasé par la voiture, et comparant princier du simple landau), qui, pour être flatteur de prime abord, n'en sera que plus ironique a posteriori lors de son discours :

En effet, l'orateur témoigne d'un style ampoulé, lequel dévalorise en outre un véhicule qu'il évoque :

Or cette harangue est interrompue par l'attitude des auditeurs parmi lesquels le nouveau couple Emma et Rodolphe, rencontré au chapitre précédent (7) lors d'une saignée que lui effectue Charles. Le mélange des sensations romantiques qu'éprouve la femme est tel qu'elle mélange plusieurs amants potentiels (Rodolphe, Léon, le vicomte) :

Le ridicule tangage du passager, dû à l'ivresse de son conducteur, rejaillit sur son fiacre, lequel n'est plus ce véhicule romantique ayant fait rêver Emma (chap. 6) :

Après le politique, la médecine subit aussi la dévalorisation avec la pathologie d'Hippolyte, son pied-bot, que Charles se laissera convaincre d'opérer en vain :

Après l'échec de Charles, cet épisode du "sacerdoce" de la chirurgie se clôt (le cas /résultatif/ affecte ainsi le domaine //pathologie//) sur l'appel à un spécialiste :

On infère ainsi l'opposition isotopique par les véhicules qui correspondent au statut social des personnages : /humilité/ des charrettes d'Hippolyte vs /prétention/ du cabriolet de Canivet. Si cette isotopie demeure pour indexer le même véhicule du pharmacien, il n'en va pas de même de la première concernant les charrettes introduisant Rodolphe (qualifié de "fanfaron" lors de sa saignée). Cela démontre que les objets subissent la variabilité thématique des personnages qu'ils accompagnent.

La séparation avec Léon étant accomplie, peut s'établir la complicité amoureuse d'Emma avec Rodolphe. L'Ailleurs romantique qu'elle s'imagine pour son nouveau couple illégitime implique la connexion métaphorique de la voiture banale (qui s'élance : /horizontalité/ terrestre) avec un ballon merveilleux (qui monte : /verticalité/ céleste) :

L'endettement est le problème terre-à-terre qui vient contrarier Emma dans sa rêverie de voyage adultérin, où elle retrouve l'une des calèches princières de son adolescence. Mais elle n'envisage pas la manipulation de Rodolphe ; de là l'isotopie afférente /idéalisme naïf/ (qui est le fondement du bovarysme) :

Relevons deux occurrences d'un syntagme, certes fort distantes, mais qui font le lien entre les deux amants. La première indexée à /trahison amoureuse/, celle de Rodolphe dont Charles décrit innocemment les mœurs à sa femme :

Par relation de cause à effet, le véhicule léger est associé à un état de "paroxysme" (le mot est de Homais), celui de la manifestation corporelle du désir féminin qui oscille de la crise épileptique à ce trouble nerveux féminin qu'est l'hystérie, véritable topos médical de l'époque (sur tout cela, cf. B. Didier pp. 16-17 de l'éd. de Poche, 1983). Quoi qu'il en soit, il s'agit là du deuxième événement pathologique après l'opération ratée du garçon d'auberge.

La seconde occurrence, plus lointaine, est indexée à /besoin financier/, lors de l'épisode des rencontres, cette fois de Léon et Emma :

La spécificité d'un tel véhicule à Rouen constitue un détail identique à plus de soixante pages de distance si précis que la seconde occurrence figure un ressouvenir nostalgique de la première; le fait qu'Emma lui conserve une évaluation méliorative prouve qu'elle n'est pas rancunière de la fuite de Rodolphe.

Mais reprenons le cours chronologique du roman. Toujours sur l'isotopie financière, voici de nouveau l'endettement d'Emma qui enrichit son créancier (lequel, avec Homais et Rodolphe, constitue le clan des matérialistes) :

A propos des distractions et de spectacles proposés à Emma, pour la guérir, le dépaysement à la ville semble un remède :

On retrouve ici la ruralité du "garde-crotte" du cabriolet d'Homais [6], comme pour signifier que cette nouvelle auberge ne diffère pas du Lion d'Or et de son milieu.

Quelques lignes plus bas, le véhicule campagnard éponyme demeure indexé à l'isotopie /quartier populaire/, valorisée par Emma, mais non par son mari, timoré avant d'entrer au théâtre :

La troisième partie s'ouvre sur la métamorphose du clerc retrouvé, devenu citadin plus audacieux :

On note que dans ce contexte d'arrivisme, le véhicule générique appartient au taxème matérialiste //signes de réussite sociale//, par contraste avec sa déclaration romantique, deux pages plus loin, où il se remémore l'idéalisation des fiacres, pareils à ceux des tableaux de la jeunesse d'Emma (cf. supra I, ch. 6) :

Mais quelques pages après, le matérialisme de la relation charnelle adultérine reprend le dessus avec la compromission qu'accepte Emma dans cette même voiture. Ce détail réaliste profanatoire qui n'a pas échappé à l'avocat du ministère public Ernest Pinard lors du procès intenté à l'auteur (cf. éd. de Poche, 1983, p. 474) est d'autant plus perceptible qu'il fait "offense à la morale religieuse" en succédant au rendez-vous des amants dans la cathédrale Notre-Dame. Celui-ci a lieu à "onze heures"; or la mention de la fin de promenade en "voiture close" qui s'achève "vers six heures" est manifestement une exagération, entorse à la chronologie réaliste; elle confirme l'indexation en fin de chapitre du véhicule à l'isotopie /anormalité/, suscitée par le regard choqué des "bourgeois" :

Cette cavalcade du changement de multiples véhicules (de transport tantôt privé tantôt public) traduit bien le climat romanesque indexé à /duplicité/. De telles actions perfectives et ponctuelles au passé simple n'ont rien de contradictoire avec les imperfectives duratives-itératives dans la mesure où toutes relèvent de la thématique de l'amour passion, que ce soit le déplacement soudain ou la lente promenade :

On constate que (depuis I, ch. 7-8, et ici même en III), la multiplicité des véhicules hippomobiles regroupés à la charnière de deux chapitres favorise leur transition en prolongeant l'isotopie /dynamisme/. Il s'agit de l'élan vers la vie de libertinage à Rouen, comparée à "une Babylone", symbolisant LA ville pour Emma. Après le retour mouvementé (III, ch. 2), voici l'aller où l'impatience d'Emma le dispute à la dissimulation :

Comme pour "la rue des Charrettes" supra, ce moyen de locomotion à Rouen est indexé à /agitation populaire citadine/, valorisée par Emma, puisque cela la désennuie.

Quant à l'isotopie aspectuelle /itératif/ (des imparfaits), elle indexe non seulement la régularité des moyens de transports, mais aussi les habitudes des passagers et des rencontres qu'ils font. Ainsi sur le chemin du retour celle du gueux, dont la parabole sera récurrente lors de l'agonie d'Emma en fin de chapitre 8. Sa thématique de l'amour, associée aux meurtrissures de son corps dont l'horreur rejaillit sur les passagers préfigure son tragique destin :

Même avec le véhicule privé qu'est le boc, qui comme le cabriolet précédent est chargé d'intercepter la diligence, les rendez-vous d'Emma avec Léon demeurent indexés à /duplicité/ ainsi qu'à /soupçon/ de la part des villageois :

En revanche Charles ne se doute de rien, même devant l'évidence ; de là l'isotopie /naïveté/ qui le caractérise depuis l'incipit du roman. Son activisme avec son boc est ainsi frappé du sceau de l'inefficacité face aux ruses d'Emma, dont il est ici plus qu'ailleurs le faire-valoir :

Autre isotopie caractéristique cette fois du pharmacien : /sans-gêne/, du fait que non seulement il s'invite au déplacement à Rouen, mais il s'impose auprès du couple illégitime, en ce sens emblématique leur séparation, qu'il anticipe :

La dégradation finale s'effectue aussi bien au niveau de ses dettes auprès de Lheureux qui s'aggravent immédiatement après cet extrait, que sur le plan amoureux :

Aussi au lendemain de ses nuits de "débauche" le véhicule naguère positif provoque un bruit strident, comme le symbole du signal d'alarme financier et familial.

Toujours à Rouen, elle a une vision fugace, celle d'une aristocratie merveilleuse (souvenir de la Vaubyessard) qui n'est qu'un instant de lueur dans la noirceur dominante :

Autre répétition, celle du motif de "la chanson du gueux", rencontré sur le chemin du retour, et dont le triste sort préfigure celui de l'héroïne. On notera que l'ironie du cocher et du pharmacien rajoute une cruauté gratuite, ce qui rend d'autant plus pénibles ses déplacements à Rouen :

Enfin, troisième épisode de l'isotopie /pathologie/, et deuxième convocation du docteur Larivière auprès d'Emma empoisonnée, son véhicule pourtant banal et régulier hérite le sème /sacralité/ (de sa chirurgie) dû à sa comparaison avec "un dieu" :

Logiquement, le dernier extrait décrit son enterrement à Yonville :

Il s'agit du retour à la campagne initiale, avec la présence du père Rouault qui évoque le "cimetière des Bertaux", indexé aux isotopies /ruralité/ et /rétrospection nostalgique/. Cette évolution chronologique cyclique affecte aussi les véhicules puisque les charrettes mélioratives (de I, ch. 2, bien qu'étant les plus simples des voitures) sont ici récurrentes, mais comme pour symboliser ici que Charles (personnage dominant du début et de la fin du roman [10]) ne sort pas de "l'ornière", mais dans un sens qui n'a pas la valeur dysphorique traditionnelle (cf. "joyeux"). Rebondissons d'ailleurs sur ce mot, crédité de trois occurrences au total. Voici les deux premières, porteuses de la même évaluation : à l'incipit on lisait "Les ornières devinrent plus profondes. On approchait des Bertaux." Moins innocente est l'occurrence intermédiaire qui annonçait ce que Flaubert appelait dans sa correspondance la "baisade dans les bois par un temps d'automne" consécutive aux comices (II, 9) : "Ils descendirent. Rodolphe attacha les chevaux. Elle allait devant, sur la mousse, entre les ornières. Mais sa robe trop longue l'embarrassait, bien qu'elle la portât relevée par la queue, et Rodolphe, marchant derrière elle, contemplait entre ce drap noir et la bottine noire, la délicatesse de son bas blanc, qui lui semblait quelque chose de sa nudité."

***

De ce relevé d'attestations en contexte, sémantisées par les parcours interprétatifs, on conclut que de tels éléments matériels a priori anodins balisent systématiquement des épisodes cruciaux du roman (notamment : mariage, bonheur de Charles près de sa femme, remémoration du couvent, bal à la Vaubyessard, apparition d'Yonville, puis de Rodolphe et de Léon, ambiance au Lion d'Or, Comices, innombrables allers-retours à Rouen, pathologies d'Hippolyte puis d'Emma, projet de fuite avec Rodolphe et trahison, lieux populaires, consommation charnelle d'Emma, L'Exclu, les obsèques). Leur importance est aussi thématique ; en effet, de par les isotopies afférentes que chacune des occurrences des véhicules réactive, elles contribuent à la cohésion sémantique du roman.

Ajoutons que les hippomobiles échangent leurs isotopies qui ne leur sont pas spécifiques, telle la tonale /ironie/ qui affecte certes le "carrosse" (comparant du landau du conseiller aux Comices), dont se moquent les observateurs, ainsi que les "cabriolets crottés des commis voyageurs", mais non la seconde occurrence du "carrosse" qui blasonne le porte-cigares, objet magique pour Emma (isotopie /rêverie/ dans ce cas).

Naguère dans son approche "socio-sémantique" des objets dans le roman, Cl. Duchet (in Travail de Flaubert, "points", 1983, p.13) remarquait à juste titre que "ceux-ci sont très rarement fonctionnels" (p. 18) et pourvus du seul sème casuel /instrumental/ ; ils auraient au contraire trois statuts : "Information, l'objet renseigne sur un monde hors-texte, auquel il donne forme et consistance. Signe, il instaure le sens, profile une idéologie ou une vision du monde. Valeur, il bascule dans l'espace romanesque à la fois comme support de signification et comme matière phonique ; à ce niveau, il acquiert la plénitude de son statut esthétique." (p. 21) Duchet ouvrit ainsi la voie à une description esthético-structurale des objets, dont il reprit "les trois axes actantiels du désir, de la communication et de la lutte" à Greimas (p. 22).

La réduction sémantique à ces trois axes nous paraît bien excessive au vu de la diversité des isotopies qui indexent les différents types de voitures. En revenant à un point de vue sémasiologique (i. e. qui part des entrées du champ lexical – on ne citera pas le générique voiture(s), polyvalent – non plus du sens global contextuel, lequel figure au contraire le point de vue onomasiologique [11]), ressaisissons les principales isotopies afférentes et distinctives; elles constituent l'histoire contextuelle (cf. Rastier) des sémèmes indexés :


II. Comparaison avec L'éducation sentimentale (1869) [12]

Resaisissons les données quantitatives, pour nos quatre romans, telles que les fournit Hyperbase (on a mis en évidence les pics frappants relativement aux déficits voisins) :

30 hippomobiles

Mme Bovary

L'éducation s.

Bel-Ami

Une vie

véhicule(s)

0

1

0

1

voiture(s)

31

71

47

31

fiacre(s)

7

25

33

0

calèche(s)

3

10

0

13

diligence(s)

7

7

0

0

malle(s)

1

1

0

0

cabriolet(s)

7

11

0

0

coupé(s)

0

11

0

0

berline(s)

1

5

0

2

carrosse

2

2

0

0

boc

8

0

0

0

landau

1

5

10

0

phaéton

0

0

0

2

tilbury(s)

4

2

0

1

guimbarde

1

0

0

1

tapissière(s)

1

2

0

0

charrette(s)

14

6

0

5

carriole(s)

6

2

0

13

chariot

0

1

0

0

char(s)

2

3

0

0

tombereau(x)

0

2

0

0

haquet(s)

0

1

0

0

escargot

0

1

0

0

break

0

1

0

0

dog-cart(s)

0

1

0

0

briska(s)

0

1

0

0

wurst(s)

0

1

0

0

tandem(s)

0

1

0

0

victoria(s)

0

1

0

0

stepper à chaise

0

1

0

0

Dans les deux romans de Flaubert, on constate l'absence de "phaéton", la rareté de "chariot", en revanche très présent dans Salammbô, ou encore que "boc" est une spécificité de Madame Bovary (par rapport à l'immense base Auteurs). Le chiffre de "voiture(s)" [13] a plus que doublé dans L'éducation sentimentale (dont la quantité et la variété des hippomobiles sont frappantes); cela nous contraint, pour ne pas alourdir l'exposé, à oublier le relevé exhaustif des attestations du générique. Cette restriction émise, passons en revue les épisodes pertinents, en suivant toujours le cours chronologique du roman.

1) Le premier est assurément la rencontre de Frédéric et de Mme Arnoux sur un navire, à quoi succède un moyen de locomotion terrestre qu'envisage d'utiliser la famille [14] :

De là le refus de la séparation. On constate l'opposition isotopique de /voyage fluvial/ vs /terrestre/ :

La disjonction physique entraîne de la part du protagoniste, de retour chez lui à Nogent-sur-Seine, une mentalisation (rêverie), subjectivité qui se poursuit par une hypothèse (cf. "sans doute"), laquelle marque le refus de l'omniscience :