Volume XXV - n°3 (2020). Coordonné par Carine Duteil
Dits et inédits
Éditer les Cahiers noirs de Heidegger, ou : comment faire disparaître la croix gammée
FRANÇOIS RASTIER
Dans l’édition des Cahiers noirs de Heidegger, les manipulations éditoriales se poursuivent. Cette note prend pour exemple la disparition d’une malencontreuse croix gammée.
tag Cahiers noirs, croix gammée, édition, Heidegger, nazisme
Dits et inédits
Johann Chapoutot l’alchimiste — ou les pièges de la mauvaise abstraction
GILBERT MOLINIER
Johann Chapoutot passe pour être l’un des meilleurs historiens du nazisme. Il est un homme du livre. Son œuvre écrite, déjà importante, est reconnue et traitée avec grande considération. Il est aussi un homme de parole. Il fait l’effort de s’adresser aussi à un public bien plus large que celui des amphithéâtres des universités. Chemin faisant, le doute s’installe… Par exemple, sans aucun égard pour la réalité historique, les règles de la logique élémentaire et la force des passions humaines, il déclare que Martin Heidegger ne pouvait pas être ou avoir été nazi, puisqu’il fut « amoureux d’une juive ». Ce qui ne l’empêche nullement, par ailleurs, et sans aucun égard pour la contradiction vue du côté de l’incohérence, de rappeler que le même Martin Heidegger fut interdit d’enseignement jusqu’en 1951 pour sa riche contribution à la victoire nazie… Et on constate que l’historien n’hésite pas, continuellement, à passer par-dessus les catégories de la logique, piétinant au passage les différences entre abstrait et concret, relatif et absolu, essentiel et contingent, qualité et quantité… ce qui ne manque pas de produire un certain chaos de pensée dont nous rendons compte ici.
tag Hannah Arendt, Johann Chapoutot, Martin Heidegger, nazisme
Parutions et trésors
Conditions de possibilité d’une philosophie de l’histoire : l’analyse de la fonction du mythe par Hans Blumenberg
LEONORE BAZINEK
L’ouvrage Arbeit am Mythos (Travailler le mythe) de Hans Blumenberg (1920-1996) prouve la pertinence de la méthodologie de son auteur. En effet, s’inscrivant à la frontière de l’histoire de la littérature et de la philosophie, il parvient à examiner conjointement mythe et argumentation rationnelle, mettant en question le bien fondé de l’opposition entre le mythos et le logos : en revisitant les modalités de la réécriture d’un mythe, il explore le sens de la philosophie. La recherche menée de cette manière dans Travailler le mythe est consacré au mythe de Titan. Elle débouche sur une démonstration subtile de l’unité du genre humain.
tag Friedrich Schlegel (1772-1829), Hans Blumenberg (1920-1996), mythologie, philosophie transcendantale
Arts du langage
Tradición literaria colonial: contextos convergentes
Poética del romance barroco
ENRIQUE BALLÓN AGUIRRE
Les « romances », compositions poétiques en castillan, sont formées ordinairement d'une série indéfinie de vers octosyllabes dont les lignes paires sont assonancées et les impaires libres. Les poètes des vice-royautés du Pérou et Mexique (au XVIIe siècle) les employaient pour leurs correspondances mondaines et littéraires. Cette étude entend interpréter philologiquement et sémantiquement les « romances » échangées entre Luis A. Oviedo y Rueda (comte de la Granja) et Sœur Juana Inés de la Cruz. Leur thème central est la poétique du « romance » baroque développé en sept motifs et ses sous-motifs correspondants.La poétique de ces deux « romances » s'oppose aux propositions des poètes « conceptistes » et « cultistes » qui dominaient à l'époque dans la Péninsule Ibérique. Cela nous permet de mettre en relief les propositions particulières de l’écriture poétique des vice-royautés mexicaine et péruvienne, face aux principes de rédaction poétique provenant du centre du pouvoir colonial.
tag barroco, descripción filológica, Poética del romance epistolar, semántica interpretativa
Dits et inédits
Sémiosis textuelle, stratification du champ attentionnel et déstratification des plans du langage
RÉGIS MISSIRE
Les réflexions proposées dans cette étude s'inscrivent dans le cadre de la conception morphosémantique du texte et de l'hypothèse de la perception sémantique élaborées par Rastier, qui articulent points de vue sémiotique et perceptif sur le langage. Nous prolongeons ici des analyses (Missire, 2013) dans lesquelles nous soulignions que cette mise en relation des problématiques perceptivistes et sémiotiques, entretient une forme de cloisonnement premier entre plans qui empêche de poser la question d'une perception sémiotique non réductible à la "somme" d'une perception sémantique d'une part et d'une perception de l'expression d'autre part. Nous argumentons ici que, dans l'état actuel de la théorie, problématisations perceptives et sémiotiques sont bien co-présentes, mais la sémiosis est toujours l'affaire de la rencontre ("appariement") entre deux plans dont la séparation n'est pas réellement problématisée puisqu'elle est à vrai dire constitutive de la sémantique comme discipline. Aussi le recours à une conceptualisation de type gestaltiste pour modéliser l'activité langagière se trouve précédée par une séparation principielle issue de la théorie linguistique (i.e. plans du signifiant et du signifié) non théorisée dans le cadre d'une théorie du champ perceptif. On voudrait ainsi dans ce qui suit s'interroger sur la possibilité de prolonger le thème phénoménologique dans la perspective morphosémantique, ce qui consistera à envisager directement la question de la phénoménalité du sémiotique dans le cadre d’une théorie du champ attentionnel.
tag champ attentionnel, déstratification, gestalt, perception sémantique, phénoménologie, semiosis, stratification linguistique