Volume XXVII - n° 3 (2022). Coordonné par Créola Thenault-Baltaretu
Repères pour l'étude
Droits de l’Homme et Crime contre l’humanité
ÉDITH FUCHS
— L’usage médiatique des termes de « crime contre l’humanité » et de « génocide » ignore le Droit Pénal International dont pourtant ces notions relèvent. Toutefois, plutôt qu’envisager les conditions historiques des nombreuses élaborations à la fois notionnelles et institutionnelles dont ces notions firent l’objet depuis leur introduction par les juristes Hersh Lauterpacht et Raphaël Lemkin, il a paru plutôt requis d’insister sur l’universalisme évident de la notion de « crime contre l’humanité » et par là-même de récuser les innombrables rejets dont l’idée de Droits de l’Homme n’a jamais cessé, depuis Burke, de faire l’objet.
tag Droit naturel/Droit positif, Droit Pénal International, Droits de l’Homme, Universel/Relatif
Repères pour l'étude
Considerate, « Shemà » et cinq autres poèmes de Primo Levi
CARMINE OLERIO CASARIN
— Si Primo Levi a dû beaucoup attendre avant d’être reconnu comme écrivain à part entière, sa reconnaissance en tant que poète a été encore plus tardive. Les quelques poèmes ici évoqués, tous relatifs au Lager, montrent pourtant la nécessité qu’il y avait pour lui d’adopter précisément la forme de la poésie là où il s’agissait d’assumer le point de vue de ceux qui ne peuvent plus témoigner : les naufragés, ceux qui, depuis l’abîme de leur anéantissement, s’adressent aux gens de « là-haut » qui vivent dans le « doux monde ». L’analyse comparée des textes d’origine avec leur traduction française attitrée semble confirmer le choix fait par Primo Levi de cette perspective dans son engagement poétique, depuis le début de son aventure littéraire.
tag Auschwitz, Lager, naufragé, poésie, Primo Levi, survivant
Saussurismes et sémiotiques
Ferdinand de Saussure : À la recherche d’une forme d’expression ultime
HAKIM HESSAS
— « Comment comprendre le paradoxe suprême qui caractérise toute la vie intellectuelle et rendre raison du silence scientifique de Ferdinand de Saussure ? » Telle est la question que l’on se pose dans cet article. Pour y répondre, l’auteur considère qu’ il faut non seulement lire et analyser ses manuscrits, mais aussi tenter de reconstituer, non son parcours de vie à partir de l’analyse biographique, mais essayer de tracer l’archéologie de sa pensée : de sa trajectoire dans l’espace des possibilités (et des impossibilités) qui s’offrent à lui. Saussure, serait parti à la recherche d’une forme d’expression ultime, mais qu’il n’aurait pas trouvée, car parti trop tôt ailleurs, d’ici. Il nous a pourtant légué l’esquisse consistante d’un projet scientifique se laissant résumer en cette seule phrase : « Sémiologie = morphologie, grammaire, syntaxe, rhétorique, stylistique, lexicologie, etc., le tout étant inséparable. (ÉLG, 2002, p. 45), pouvant être considérée comme la forme de l’expression ultime résumée en une équation, à résoudre.
tag Écrits, langue, manuscrits, Mémoire, parole, Sémiologie, thèse
Arts du langage
Étude contrastive du récit d’esclave et de la fiction sur l’esclavage : The Narrative of the Life of Frederick Douglass (1845) et The Confessions of Nat Turner (1966)
CHRISTINE CHOLLIER
— Le terme français de « récit », pas plus que l’anglais « narrative », ne distingue pas les témoignages des romans tandis que la paire usuelle fiction/non-fiction semble suggérer que la différence peut se rapporter uniquement à la référence. Néanmoins, lorsqu’on observe les deux sortes de textes, on se rend compte que les lecteurs ont affaire à des configurations sémiotiques qui ne peuvent se réduire à des dualismes tels que invention/faits réels, ou personnages imaginaires/personnes réelles. En effet, ces phénomènes textuels s’émancipent du monde physique tout en différant globalement en tant que genres littéraires, même s’il arrive qu’ils s’imitent ou se parodient localement. En tant que tels, ils doivent être interprétés et requièrent sur un axe éthique une instance de garantie qui examine les impressions référentielles qu’ils génèrent.
tag Fiction, genre, littérature, récit, témoignage
Dits et inédits
Les courtes histoires absurdes du « Chapman-Cook speed of reading-test » : analyse linguistique d’un test cognitif original
CHRISTOPHE CUSIMANO
— Dans la palette d’outils des neuropsychologues, certains tests cognitifs dénotent. Ledit « Chapman-Cook speed of reading-test » est censé mesurer la vitesse de compréhension d’individus sains, mais aussi il peut également être proposé à des patients atteints de divers troubles cognitifs. Le fait que le test soit constitué d’une suite de courtes histoires absurdes peut susciter l’intérêt de linguistes et de sémanticiens familiers de la construction du non-sens. Dans cet article, l’auteur cherche, à travers une analyse détaillée des histoires, à évaluer la pertinence de la procédure mise en place dans ce test et à livrer un contre-éclairage strictement linguistique.
tag Absurde, linguistique, neuropsychologie, non-sens, sémantique, test de lecture, vitesse