Volume XXVI - n° 1 (2021). Coordonné par Créola Thénault-Baltaretu
Arts du langage
Variaciones sobre un tema etnoliterario : El motivo « seducción » en el Manuscrito de Huarochiri.
ENRIQUE BALLÓN AGUIRRE
— La tradition orale andine recueillie dans le manuscrit de Huarochirí (circa 1608) contient quatre variantes narratives qui relèvent du motif de la séduction. Cette étude décrit sa programmation narrative, en utilisant le paradigme de la sémiotique componentielle déjà mis en pratique dans le livre Tradición oral peruana. Literaturas ancestrales y populares (2006) ; donc, il s’agit de démontrer, une fois de plus, l’organisation cohérente des motifs dans la production des discours oraux quechuas de la région. Nous avons accordé une attention particulière à la distribution isotopique des catégories spatiales et temporelles, comme à l’articulation métastable des modalités, traits qui déterminent le caractère singulier de ce motif.
tag manuscrit de Huarochirí, programmation narrative, quechua, séduction, sémiotique componentielle, structure modale métastable du récit.
Dits et inédits
Après le postmodernisme : pour une reconstruction.
FRANÇOIS RASTIER
— Déconstruction et postmodernisme introduisent une coupure métaphysique dans l’histoire humaine. Ils récusent ainsi le projet historique et comparatif des sciences de la culture, comme des sciences en général, en relativisant et délégitimant le concept de vérité. Ils fondent ainsi le régime de la post-vérité. Il importe alors de formuler le programme d’une reconstruction.
tag déconstruction, post-vérité, postmodernisme, reconstruction, sciences de la culture.
La Lettre et l'interprète
La langue commune et prestigieuse.
Une réflexion sur les qualités de la langue populaire dans De vulgari eloquentia de Dante Alighieri.
CARMINE OLERIO CASARIN
— À la recherche d’une langue vernaculaire commune, Dante, dans le De Vulgari eloquentia, formule quatre attributs – illustre, cardinale, aulicum, curiale – qui permettraient à cette langue de rivaliser avec le prestige du latin et de lui assurer toute la gamme de l’expression et de la communication : de la vie quotidienne à la création littéraire, y compris donc la poésie et la tragédie, considérées par Dante comme appartenant aux formes littéraires les plus hautes. À sept siècles de distance et par une traduction au pied de la lettre – ce qui est la coutume de la vulgate académique et scolaire –, ces quatre adjectifs résonnent aux oreilles contemporaines comme des termes archaïques sinon mystérieux ; ils ne rendent pas compte de la richesse d’argumentation que Dante déploie pour en arriver à la conception d’une langue qui s’impose par le « gratioso lumine rationis », faisant fonction d’un prince absent, facteur souhaité d’unification linguistique. On propose dès lors les qualités d’une langue « lumineuse, centrale, chorale et responsable » comme traduction plus fidèle aux attentes de Dante, une version certes plus risquée, mais confortée dans cette tâche par les essais d’Yves Bonnefoy sur la traduction de la poésie.
tag Dante Alighieri, illustre, langue populaire, luminosité, odeur, traduction, Yves Bonnefoy.
Repères pour l'étude
Alain Mabanckou : « J’écris en français parce que… ».
CRÉOLA THENAULT-BALTARETU
–– Alain Mabanckou, un des écrivains nés dans le contexte plurilingue de la littérature francophone – littérature africaine d’expression française –, après de premières études en droit, se dédie aux études littéraires, à l’écriture et aux grands voyages. Écrivain-monde et auteur engagé, dans son œuvre comportant plus d’une trentaine d’ouvrages (romans, recueils de poésie, essais, etc.) on peut lire une belle langue française, parsemée ici et là de créolismes de trois continents : d’Afrique et d’Europe, mais aussi d’Amérique et d’Ailleurs. Sous le couvert du français, sa langue d’écriture, tout en invoquant une multiplicité de langues et en revendiquant son accent congolais, l’écrivain « oiseau migrateur » va par-delà les continents à la recherche d’une autre langue : une langue sienne. Y parvient-il ? C’est ce que nous allons voir dans cette étude linguistique d’inspiration néosaussurienne.
tag accent, francophonie, langue(s), littérature, néosaussurisme, plurilinguisme.
Parutions et trésors
« À propos du concept de nation. Réplique à l’article de Bruno Bauch ».
Traduction de Leonore Bazinek.
ERNST CASSIRER
— Ernst Cassirer (1874-1945) compte parmi les grands historiens de la philosophie et de la science. La vaste bibliographie que son œuvre a suscitée compte aussi de nombreux titres qui discutent sa dimension politique. Le texte que nous donnons aujourd’hui à lire pour la première fois en traduction française se distingue par deux aspects : Cassirer dit clairement pourquoi il ne veut pas prendre position en temps normal dans les disputes politiques du jour ; il explique ensuite pourquoi il le fait dans cette affaire qui oppose de fait deux protagonistes de son camp adversaire, car le « camp » dans lequel il s’inscrit et à partir duquel il prend position, est éliminé par ces protagonistes mêmes. Cassirer développe au fil des pages une lecture fine et exacte de la philosophie idéaliste allemande pour s’opposer à la tentative de nazification de la philosophie avant la lettre. Il explicite énergiquement que la seule position à partir de laquelle il parle, c’est la position de l’homme, réfutant sans ambages la division identitariste de l’humanité en caractères nationaux.
tag Bruno Bauch, Ernst Cassirer, Hermann Cohen, idéalisme allemand, Kant-Studien.
La Lettre et l'interprète
La lingua comune e prestigiosa.
Una riflessione sulle qualità della lingua popolare nel De vulgari eloquentia di Dante Alighieri.
CARMINE OLERIO CASARIN
— Alla ricerca di una lingua vernacolare comune, Dante, nel De Vulgari eloquentia, delinea quattro attributi – illustre, cardinale, aulicum, curiale – che permettano a questa lingua di misurarsi col prestigio del latino e di assicurarle tutta la gamma dell’espressione e della comunicazione : dalla vita quotidiana alla creazione letteraria, comprese la poesia e la tragedia, da Dante considerate come appartenenti alle forme letterarie più alte. A sette secoli di distanza e con una traduzione letterale – cosa ricorrente nella vulgata accademica e scolastica –, questi quattro aggettivi suonano alle orecchie contemporanee come termini arcaici, se non arcani; essi non rendono conto della ricchezza di argomenti che Dante sviluppa per arrivare finalmente alla concezione di una lingua che si imponga ad opera del « gratioso lumine rationis », supplente d’un principe assente, fautore sperato di unione linguistica. Si propongono dunque le qualità di una lingua « luminosa, centrale, corale e responsabile » come traduzione più fedele alle aspettative di Dante, versione certo non priva di rischi, ma incoraggiata in questo tentativo dai saggi di Yves Bonnefoy sulla traduzione della poesia.
tag Dante Alighieri, illustre, lingua, luminosità, odore, popolare, traduzione, Yves Bonnefoy.