Volume XXVII - n° 1-2 (2022). Coordonné par Créola Thenault-Baltaretu
Dits et inédits
Métaphysique et antisémitisme chez Heidegger
La banalité du mal, Levinas et la libération du nihilisme
JULIO QUESADA
— Pourquoi la phénoménologie transcendantale de Husserl était pour Heidegger « une monstruosité » ? Pourquoi, dans l’attaque du disciple contre le professeur, son antisémitisme était implicite dans la destruction de la Métaphysique moderne ? En quoi a consisté, pour Levinas, la « libération » de Heidegger et du nazisme ? Mon travail, basé méthodologiquement sur la micro herméneutique des textes de Heidegger, tente de souligner le problème philosophique et politique qui réside dans le nihilisme de Heidegger. J’en ai conclu à une affinité d’ordre culturel entre la « fin de la philosophie » et l’Holocauste. La « banalité du mal » explique uniquement la procédure technique, bureaucratique mais non la raison métaphysique de l’extermination.
tag Antisémitisme, Heidegger, Husserl, Levinas, métaphysique, nazisme, nihilisme.
Parutions et trésors
Saussure au futur
Traduction en arabe de François RASTIER, Saussure au futur
DRISS EL KHATTAB
— Inclassable, illustre et méconnu, Ferdinand de Saussure reste à découvrir, un siècle après sa mort. Ce petit livre poursuit un but modeste : donner envie de lire ou de relire les écrits originaux de Saussure, pour mesurer la singularité de sa pensée. La découverte en 1996 de manuscrits inédits a favorisé un courant international de réflexion qui permet de réévaluer le statut et les perspectives de la linguistique, notamment dans ses rapports avec la sémiotique et les sciences de la culture. Les recherches de Saussure éclairent d’un jour nouveau les rapports entre le langage et la pensée, les signes et les objets culturels. Ainsi, elles revêtent une portée générale, qui intéresse la conception de la scientificité elle-même. Après la crise de l’identité des sciences de la culture, elles aident à concevoir un projet refondateur. La traduction de ce livre entend prendre la mesure de cette situation nouvelle pour engager la réflexion à venir.
tag Déontologie, dualité langue-parole, sciences de la culture, sémiologie, sémiosis, texte.
Parutions et trésors
Dérégulation du français et création d’une translangue
FRANÇOIS RASTIER
— Cette étude souligne les conséquences épistémologiques qu’aurait pour la linguistique l’adoption de la conception du langage qui préside à l’inclusivisme, entendu ici comme projet global de modifier la langue et l’écriture pour « visibiliser » des groupes jugés discriminés. L’ambition scientifique de la linguistique est-elle compatible avec ce projet militant ? On peut en douter quand il réintroduit, sous prétexte de politique, des éléments idéologiques et même mythiques.
tag Écriture, idéologie, inclusivisme, performativité, superstition.
Parutions et trésors
Aspects problématiques de l’écriture inclusive pour l’épistémologie linguistique
JEAN GIOT
— À partir d’un corpus constitué d’extraits de revues spécialisées (linguistique, analyse de discours) et d’annonces prélevées sur internet, cette étude propose une analyse morpho-phonologique d’exemples d’écriture inclusive appelant des considérations différentes (lect-eurice, lect.eur.rice, sourx, iels, p.ex., voire des accords dits de proximité). On y fait ressortir des ruptures de régularités du système d’écriture susceptibles de compromettre une acquisition cohérente dans l’enseignement de la lecture et de l’écriture, notamment sous l’angle des connaissances présupposées. À titre accessoire, s’en trouveront mis en évidence, chemin faisant, des déterminismes imaginaires, mais configurés en idéologies, pesant sur des doctrines de l’écriture dite inclusive.
tag Accords en genre paradoxaux, distinctivité, écriture inclusive, enseignement, non-ontologie.
Parutions et trésors
Les pratiques discursives du savoir
Le cas sémiotique
JEAN GIOT
— Ce compte rendu suit le développement de l’étude de Sémir Badir, en soulignant l’attention que l’auteur porte à la sémiotique en tant que discours et pratique critiques, marqués d’une réflexivité intrinsèque. D’où ressortent son interdisciplinarité, les caractéristiques de son histoire interne et ses outils, spécialement graphiques.
tag Épistémologie, histoire interne, réflexivité du discours., scène d’énonciation, schémas graphiques
Parutions et trésors
Genre et pluriel, marques et accords : réflexions entre sémantique et métalangue
JEAN SZLAMOWICZ
— Le rapport entre le pluriel et le genre concerne le lien entre métalangue et phénomènes : le marquage du pluriel et le marquage du genre ne renvoient pas à une dimension unique des référents, mais à des potentialités sémantiques vastes qui participent de la dynamique langagière. Le pluriel n’est pas une application mécanique de la dénotation du nombre et le genre n’est pas non plus le décalque automatisé du sexe. Outre cette disrelation entre pluriel et genre sur le plan morphologique et sémantique, l’auteur montre comment pluriel et genre sont liés par leur intrication qui renvoie au caractère générique ou spécifique des énoncés, à la nature des substantifs, à l’inclusion du divers (noms collectifs), à l’organisation des accords, aux opérations de référenciation ainsi qu’à la question du neutre comme catégorie sémantique. Ainsi, genre et pluriel sont considérés comme des catégories morphosémantiques aux multiples réverbérations ne pouvant pas se résumer à une simple opposition référentielle, ni à une réduction symbolique manichéenne.
tag Catégories, genre, métalangue, morphologie, sémantique.