Volume XXIV - n°1 (2019). Coordonné par Créola Thénault et Christophe Cusimano
Dialogues et débats
Slow linguistics – a manifesto & From phenomenology to responsibility - Comments on "Slow linguistics – a manifesto"
JOHANNES KABATEK et KLAAS WILLEMS
Dits et inédits
Mythos und Vernunft. Plädoyer für einen erkenntniskritischen Umgang mit Ursprungserzählungen
LEONORE BAZINEK
La présente étude examine la confrontation entre la raison et la pensée mythique. Elle s’appuie notamment sur des recherches confirmées de Cassirer et de Blumenberg. Dans un premier temps, elle démontre la différence entre la conception mythique et la conception rationnelle de la notion d’« origine ». Il s’ensuit une discussion du risque inhérent aux recherches scientifiques portant sur les mythes : décourager la raison. Pour conclure, on présente l’hypothèse romantique d’une articulation possible entre sentiment et rationalité susceptible de prévenir ce découragement de la raison.
tag anthropologie, Blumenberg, Cassirer, rationalité, risques, romantisme
Repères pour l'étude
« La Rencontre » de Jorge Luis Borges - Un objet sémiotique complexe
CHRISTOPHE CUSIMANO
Dans cet article, nous nous fixons pour objectif d’identifier les différents parcours interprétatifs qui traversent « La Rencontre » (« El encuentro »), nouvelle de Jorge Luis Borges tirée de Le Rapport de Brodie (El Informe de Brodie). En effet, le lien entre combattants et armes y est susceptible d’être perçu sous l’angle du récit magique, de la narration fantastique ou du récit cryptique. Complémentaires, ces pistes de lecture matérialisent le thème de l’emprise développé à de nombreuses reprises dans l’œuvre de Borges.
tag auteur, Borgès, cryptique, fantastique, lecteur, magique, parcours interprétatif
Parutions et trésors
Genèse et évolution d’Homo : note de lecture d’Anthropogénie d’Henri Van Lier
PIERRE MARILLAUD
Le texte d’Henri Van Lier peut être considéré comme une macro-histoire d’Homo, couvrant plus particulièrement les deux millions d’années qui nous précèdent, mais avec une référence à la période où, il y a environ sept millions d’années, les chimpanzés et Homo se séparèrent de leurs ancêtres communs. Pendant cinq à six millions d’années le corps d’Homo s’est redressé et fut sélectionné comme un organisme « segmentarisant ». Alors que le singe supérieur sait briser ou arracher, il reste incapable de découper, de « segmentariser ». Homo, en revanche, a bénéficié de la chance évolutive d’avoir un corps redressé et des mains libres lui permettant de découper son environnement physiquement et mentalement, avec une précision de plus en plus grande, mais aussi de voir le monde en face, cette vision faciale faisant de lui un animal transversalisant. Les principales évolutions d’Homo sont connues des paléontologues mais l’intérêt du livre vient de la construction d’Homo telle qu’Henri Van Lier la conçoit en partant du bas, du seul animal. Homo a inventé l’angle droit qui n’existe pas dans la nature, et en taillant des pierres pendant deux millions d’années..., il a constitué des panoplies (outils en pierre ou en os, colliers, etc.). Il est ainsi devenu technicien, et ce faisant a créé un nouveau milieu avec lequel il va interagir.Concevant le développement d’Homo jusqu’à nos jours, en prenant en considération toutes les disciplines, scientifiques aussi bien qu’artistiques et littéraires, cet ouvrage est d’actualité car, en donnant une vision philosophique et scientifique à la fois de ce que nous désignons par le mot « culture », il contribue au développement des Sciences Humaines, et ce sans tomber dans le scientisme…
tag indice, oubli, panoplie, possibilisation, segment sémiotique, segmentarisation, technique, woruld
Corpus et méthodes
Deep learning et authentification des textes
ÉTIENNE BRUNET et LAURENT VANNI
Les problèmes de paternité ou de datation peuvent être abordés avec les moyens habituels de l’histoire littéraire, mais aussi en recourant aux ressources de la statistique et de l’informatique. Diverses mesures intertextuelles ont été proposées pour tenter de distinguer les distances intra (entre les textes d’un même auteur) et les distances inter (entre les auteurs). Malheureusement aucune jusqu’ici n’a pu prétendre au rang de juge suprême, comparable à l’ADN dans les recherches de paternité ou de criminalité. L’Intelligence artificielle peut-elle jouer ce rôle? C’est l’objet de la présente étude, menée conjointement dans deux corpus. Dans le premier, on aborde le roman au XXème siècle en proposant à l’algorithme du Deep Learning un panel de 50 textes et de 25 écrivains (parmi lesquels Roman Gary et Émile Ajar). Il s’agit de reconnaître les textes qui ont le même auteur. Là où les méthodes classiques se trompent une fois sur trois, le Deep Learning réussit l’épreuve sans faillir. Fort de cette réussite, le même algorithme est appliqué au théâtre classique. La conclusion est catégorique : Racine, Corneille et Molière se distinguent parfaitement sauf dans deux cas (Don Garcie et Les Plaideurs) où le genre vient brouiller la signature. Le présent article s’interroge sur les mécanismes mis en œuvre dans le Deep Learning. Un développement plus étendu est prévu dans une publication ultérieure.
tag 20th century French novel, affaire Corneille-Molière, artificial intelligence, authentification des textes, deep learning, distance intertextuelle, French classical drama, intelligence artificielle, intertextual distance, lexicométrie, lexicometry, literary authorship, Molière authorship question, paternité littéraire, roman au XXème siècle, text authentication, théâtre classique
Saussurismes et sémiotiques
La révolution métaphysique de Ferdinand de Saussure - L’éclairage d’un linguiste : Simon Bouquet
CRÉOLA THÉNAULT
La métaphysique du « signe » occupe une place à part dans la pensée saussurienne. Si le concept de « signe » appartient à une tradition séculaire, la proposition « La langue est un système de signes » s’enracine dans la tradition métaphysique du langage. Les solitaires de Port Royal, des philosophes comme Locke, des encyclopédistes et idéologies, des comparatistes comme Bopp, Whitney et Bréal en sont les représentants les plus illustres. C’est à ce « large fleuve » que puise la « métaphysique » saussurienne, tout en ayant un caractère profondément novateur.
tag Bouquet, révolution métaphysique, Saussure