Volume XXII - n°2 (2017). Coordonné par Créola Baltaretu-Thénault et Christophe Cusimano
Dialogues et débats
Questions de sémiotique, de Saussure à Greimas
Entretien de Stéphanie Walsh Matthews (Ryerson University, Toronto) avec François Rastier (CNRS, Paris)
FRANÇOIS RASTIER et STÉPHANIE MATTHEWS WALSH
D’abord publié en anglais, dans une traduction de Stéphanie Walsh Matthews, l’entretien qui suit constituait alors l’éditorial du numéro spécial de Semiotica en l’honneur du centenaire de la naissance de Greimas (n° 214, janvier 2017). Il a été conduit pour permettre au lectorat de cette revue de « mieux connaître le travail de François Rastier » et « mettre en lumière, de façon concise, le parcours de sa pensée sémiotique ». Comment comprendre la sémiotique greimassienne dans la continuité du saussurisme ? Les réponses précisent le rôle de la linguistique dans cette évolution. Une certaine continuité entre héritage philosophique et descriptions empiriques est désormais discernable. Rastier rappelle que l’objectivation de la sémiotique renforce l’unité des sciences de la culture, voire rend possible leur objectivation.
tag A. J. Greimas, saussurisme, sémiotique, sémiotique des cultures
Corpus et méthodes
Probabilités et statistiques en psychologie et en linguistique
Petit tour d’horizon
PHILIPPE GRÉA
Ce texte est extrait d’un mémoire d’Habilitation à diriger les recherches soutenu en 2016.
tag cognition, probabilités, sens, statistique
Réceptions néosaussuriennes
Manuscritos del 96: regresar a Saussure, ¿para qué?
MARCOS JAVIER GONZÁLEZ
Ce texte explique la pertinence des manuscrits de Ferdinand de Saussure (1996), non seulement comme une question sémiotique-linguistique, mais comme un problème académique ou culturel. Ensuite, il offre un regard critique sur la valeur de la pensée saussurienne en sciences du langage. Je propose la « relecture » comme principe de confirmation épistémologique du saussurisme contemporain et comme un moyen d'abattre les préjugés à ce sujet.
tag Écrits de linguistique générale, manuscrit saussurien, néosaussurisme
Sémiotiques
Une grammaire (néo)saussurienne du présent linguistique
CRÉOLA BALTARETU-THÉNAULT
Particulièrement nourrie de l’événement inespéré qu’est la découverte en 1996 du manuscrit de Ferdinand de Saussure titré « De l’essence double du langage », la linguistique saussurienne est entrée, à partir des années 90, dans une véritable phase de renouveau, de renaissance. La vraie nature de ce renouvellement dit par Simon Bouquet « néosaussurien » en linguistique, véritable révolution épistémologique, est de fait une renaissance – dont seul François Rastier a su porter depuis longue date la flamme vivante –, du paradigme différentiel en sémantique. Pourtant, il est facile de montrer comment l’histoire des théories linguistiques affiche le caractère largement impensé du principe de différentialité en science du langage. Pour cela nous avons examiné, comme un cas d’école, le traitement réservé par les grammaires à la théorie du présent de l’indicatif en français. Nous avons constaté que les grammaires anciennes (du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle), antérieures à la divulgation du principe de différentialité par le Cours de linguistique générale de 1916, tout autant que les grammaires modernes, postérieures au Cours, sont enferrées dans le paradoxe d’une continuité théorique conjuguée à l’absence d’une théorie satisfaisante et partagée ; or, ce paradoxe tient précisément à ce que ces grammaires rejettent de facto le principe saussurien de différentialité. En conclusion, sous forme d’ouverture, nous proposons l’esquisse consistante d’une grammaire différentielle décrivant, du point de vue de la langue, le système sémantique du présent en français, ainsi que des lois de corrélation postulées par une linguistique (néo)saussurienne pour rendre compte de l’essence double du langage qui est d’être simultanément langue et parole.
tag différentialité, linguistique néosaussurienne, présent de l'indicatif, sémantique
Sémiotiques
Le geste et sa niche : gestion du sens « hors technique »
PIERLUIGI BASSO FOSSALI
De la fosse qui donne une position invisible à l’orchestre dans les salles de théâtre à The unanswered question de Charles Ives, qui prévoit les instruments à corde dans les coulisses, la musique moderne explore l’idée de cacher de plus en plus l’instanciation sonore, ce qui a favorisé, de manière paradoxale, un imaginaire gestuel. Comme Xenakis a toujours souligné, la musique électronique, même si acousmatique, semble signifier des interventions productives. Non seulement, à la virtuosité des exécutants s’opposeraient parfois les gestes brutaux et inquiétants signifiés par l’électronique. Cette dernière révèle finalement que le geste est à la fois l’état primitif de l’acte d’énonciation et la tension dramatique à laquelle ce dernier ne cesse jamais d’aspirer. De manière plus générale, on assiste aujourd’hui à une évolution paradoxale de la pratique “instrumentée” : d’une part, on assiste à une dé-technologisation du geste de l’usager face à la sur-technologisation des supports et des dispositifs ; d’autre part, on travaille pour éliminer les traces résiduelles du corps sur les interfaces et on veut transformer tout instrument dans une prothèse du corps. La signification toujours troublante des gestes relève du fait que leur solidarisation au complexe des moyens communicatifs mobilisés reste locale et hors technique, échappant ainsi, tôt ou tard, aux dispositifs stratégiques d’interaction par défaut (inertie corporelle) ou par excès (sublimation des enjeux de signification préétablis). Le geste s’impose dans notre cadre théorique comme l’instance de contestation des formes d’intégration du sens dans un emboîtement de plans de pertinence déjà préorganisés et validés par une forme d’économie des valeurs univoque. À travers le geste, on sculpte localement une niche de sens qui s’interpose entre la rétroduction énonciative (genèse de l’acte) et la prospection des conséquences (efficacité de l’acte).
tag énonciation, espaces, geste, implémentation, intentionnalité, musique