Volume XVI - n°4 (2011). Coordonné par Régis MISSIRE
Repères pour l'étude
Stratégies rhétoriques et efficience communicationnelle dans les commentaires de dégustation des vins
AUDREY MOUTAT
Cet article vise à évaluer l’efficience communicationnelle de la métaphore vive employée dans les commentaires de dégustation publiés dans la presse œnologique. Métaphore qui, en dépit de la polyisotopie assez déroutante qu’elle instaure au sein du discours, permet néanmoins aux dégustateurs-amateurs d’élaborer, au terme d’un travail interprétatif plus ou moins entravé, des « impressions référentielles vineuses » partielles.Inscrite dans la perspective d’une sémantique interprétative initiée par François Rastier, cette étude entend ainsi montrer que les minima de sens dégagés par ce public non averti renvoient à des micro-unités perceptives communes à des ordres sensoriels distincts. Il semblerait, en effet, que les entrelacs ou superpositions isotopiques convoqués par la métaphore ne visent pas tant l’enjolivement textuel qu’une stratégie communicationnelle : les domaines sémantiques ainsi convoqués s’offriraient comme la manifestation discursive d’une passerelle entre deux sphères perceptives différentes dont les correspondances expérientielles seraient articulées par la médiation d’un noyau sémique.Une particularité qui nous permet, dans une plus large mesure, d’ouvrir la réflexion aux articulations possibles, et notamment aux conversions, entre niveaux sémiologique (sémiose perceptive) et sémantique (sémiose interprétante).
tag esthésie, impression référentielle, parcours interprétatif, sémantique interprétative, sémiosis
Réceptions néosaussuriennes
Unités linguistiques à signifiant discontinu, du morphème au texte - Une approche néo-saussurienne
RÉGIS MISSIRE
L’objectif de cette étude est de revenir sur le problème des unités linguistiques à signifiant discontinu dans une perspective sémiologique néo-saussurienne. L’intérêt de mener cette réflexion dans un tel cadre est immédiat : déliant le signe de sa fonction référentielle, Saussure prépare l’autonomie du niveau sémiologique et anticipe l’identification d’unités dont la manifestation, non nécessairement connexe, s’affranchit des caractères monadiques attribués au signe par la philosophie occidentale. Pourtant Saussure n’élaborera pas le concept de signifiant discontinu, pas plus d’ailleurs que ses héritiers sémiologues, comme si une rémanence de la conception traditionnelle du signe l’avait empêché, à tout le moins dans ses travaux de linguistique générale, de tirer toutes les conséquences théoriques de sa pensée « dé-ontologique » : initialement développé en morphosyntaxe pour rendre compte des phénomènes d’accord et de certains types de morphèmes disjoints, le concept de signifiant discontinu, ses implications et son éventuelle extension restent encore à évaluer du point de vue d’une sémiologie générale. On attend notamment de cet examen une meilleure compréhension de ce qui fait l’unité et la commensurabilité des différents niveaux de l’analyse linguistique, du morphème au texte. Nous aurons alors à revenir sur les caractéristiques générales de la constituance linguistique, en argumentant que certains niveaux d’analyse, textuels notamment, imposent d’en reconnaître des modalités atténuées, que nous dénommerons réticulaires. L’approche développée ici vise ainsi, de façon programmatique, à tracer des continuités ou des accès entre les niveaux de l’analyse, les disciplines qui les prennent en charge et les concepts qu’elles mettent en œuvre.
tag Saussurism, saussurisme, semantics, sémantique, sémantique des textes, sémantique textuelle, sémiologie, semiotics, sémiotique, signifiant discontinu, textual semantics
Dits et inédits
Statut du sujet et rencontre des textes
JEAN-EMMANUEL TYVAERT
La question du sujet, centrale en philosophie, est évidemment affectée par la reconnaissance, enfin établie du point de vue même de la philosophie, de sa nature fondamentalement langagière. Une analyse des formalisations possibles de la prise en charge des énoncés par leurs énonciateurs, acte langagier primordial, confirme ce fait en suggérant le déplacement de la question, de l’entité énonçante à celle des modalités de la constitution de ses énoncés. En découle une conception du sujet à réécrire en termes de latence, conception qu’il est intéressant de comparer à certains développements actuels de l’intelligence artificielle. La réponse cherchée est alors facilitée par la mise en évidence d’une perception corporelle (par là spécifiquement humaine et hors d’atteinte des capacités de simulation) de la vérité, mobilisant autant l’émotionnel que le rationnel. En évoquant alors le concept de « chair », proposé par Merleau-Ponty dans son ultime contribution, on peut envisager « une caractérisation en attente du sujet », liée par nature à l’émergence dans les corpus de références de textes de plus en plus vrais. Autrement dit, l’inspiration à l’œuvre dans l’humanisation de l’espèce, pourrait constituer la pierre angulaire d’une future « métatextologie ».
tag cultural references, culture, émergence, émotion, énonciation, formalisation, humanism, humanisme, nature, raison, reason, références culturelles, speaker-centered approach, subject, sujet, text, texte
Arts du langage
Le silence de la mer de Vercors : rôle et fonctions de la négation
PAOLA PAISSA
Analyse de l’isotopie de la négation dans le célèbre récit de Vercors: du silence “résistant” à la négation de la condition humaine sous l’Occupation.
tag Négation, sémantique textuelle, Silence, textual semantics, Vercors
Arts du langage
Enchanteurs romanesques
Postface à l’édition espagnole de Arts et sciences du texte (2011)
FRANÇOIS RASTIER
Le roman peut-il être opposé au témoignage littéraire au nom d'une supériorité de la fiction sur l'histoire ?
tag histoire, littérature, référence, sémantique des textes, sémantique interprétative, sémantique textuelle